Le danger des préparatifs

Une aventure trop bien préparée devient vite un mauvais voyage organisé…

Et puis, il faut laisser un peu de place à l’imprévu, sinon ce n’est plus de l’aventure.

L’idée d’une nouvelle expédition me trottait en tête depuis déjà quelques mois, mais jamais je n’avais parlé à qui que ce soit, de peur que l’on me prit pour un dangereux rêveur. Chaque fois que j’ouvrais un Atlas, c’était le même nom qui me sautait au yeux : SAIGON. Quelle merveilleuse ballade ! Il me faudrait au moins un an, mais cette année j’en disposais puisque je n’étais alors âgé que de dix-huit ans et que pour entrer à l’Ecole de journalisme de la rue du Louvre, il faut au moins être âgé de vingt ans, sauf dispense exceptionnelle. Et d’ailleurs, le métier de journaliste ne s’apprend-t’il pas plutôt sur les routes que dans les salles de cours !

A la veille de passer le bacho, je me hasardais à quelques confidences furtives :
-Si j’ai mon bac, j’ai bien envie de partir, où; je n’en sais rien mais partir… loin, très loin…

Et la réponse était à chaque fois la même :
-Tout le monde parle de partir, comme toi, et finalement on se retrouve tous sur une quelconque plage de la Côte. Ne nous raconte pas d’histoire, on sait ce que c’est.

En effet, l’histoire on la connaît… Chacun fait de beaux rêves tous pleins d’aventure et d’exotisme, et puis un jour, il faut passer à la réalisation pratique. Alors les beau projets prennent soudain le triste visage de la réalité.

Car il est facile de s’imaginer qu’en émettant le vague désir de partir à Singapoure ou bien à Dakar, chacun va se jeter à vos pieds afin de vous offrir, qui une automobile, qui du matériel de camping ou du matériel photographique ; cela fait aisément partie du rêve, mais la réalité est toute autre, et à chaque porte c’est inexorablement la même réponse :
-Notre budget ne nous permet pas de donner suite à votre requête, néanmoins, faîtes votre périple avec du matériel de notre marque et revenez nous voir à votre retour.

Deux ou trois réponses de ce genre ont alors vite fait de réduire très sérieusement le nombre de candidats aventuriers et la belle aventure se termine alors le plus souvent à Criel-Sur-Mer ou bien Saint-Tropez.

> Lire la suite : la question du moyen de transport

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