Road-trip en Asie

Le monde sous un regard (dé)bridé

Battambang – bang : l’écho des mines

Je ne retiendrai de ma visite à Battambang, ni l’éclat de son architecture somme toute banale, ni la nostalgie du vieux quartier français semblable à tant d’autres dans le pays, ni même ses collines abritant quelques temples pré-Angkoriens qui, après Siem Reap, paraissent bien désuets. Je retiendrai encore moins ces bamboo-trains : attrape-touristes s’il en est…

Non, bien plus que tout cela réuni, mon souvenir de la ville sera marqué par ma visite du Centre apostolique de la ville et par sa structure de soutien envers les jeunes victimes des mines anti-personnelles et des bombes disséminées un peu partout dans le pays.

Je ne suis pas vraiment un chrétien convaincu, c’est le moins que l’on puisse dire mais il faut savoir reconnaître les bonnes volontés partout où elles se trouvent. En l’occurrence à Battambang, le centre de réhabilitation pour les victimes des mines du Père jésuite Kike Figaredo fait office d’exemple.

Avec le soutien d’associations espagnoles, on y construit et répare des chaises roulantes, on offre des soins palliatifs de base et on offre des prothèses souvent inabordables pour des familles rurales. Plus important encore, on prend soin des enfants que les familles ne peuvent assumer. Soutien psychologique, affectif et moral, pour beaucoup le centre est un refuge et un lieu d’espoir avec son école et ses dortoirs…

La visite des lieux, je la fais en compagnie de Mek Channeng, un exemple de réussite et aujourd’hui, un véritable ambassadeur pour l’association. Un jeune garçon qui a perdu ses deux jambes et son bras gauche il y a cinq ans alors qu’il travaillait dans les champs. Auprès des frères catholiques oeuvrant pour le compte de l’association, il a trouvé le soutien nécessaire pour surmonter le tragique voire l’insurmontable… Mieux, il a dépassé sa condition initiale.

Au fil des années, instruit par l’école des pères, Mek réapprend à vivre et découvre l’importance des livres, le goût de la lecture et de la tâche intellectuelle. Il devient à son tour un soutien pour les autres. Il dompte de nouvelles jambes et parvient même après quelques années de dur entraînement à monter sur un vélo. Une incroyable leçon de courage et d’abnégation qui relègue au rang de moins que rien mes soucis d’occidental…

Aujourd’hui Mek participe à des conventions de sensibilisation sur les dégâts qu’engendre l’usage de ces mines anti-personnelles (il a notamment participé à un congrès en Colombie un an auparavant). Il s’apprête par ailleurs à entrer à l’université – un avenir dont il n’osait même pas rêver quand il  marchait encore dans les rizières – pour suivre une formation d’ingénieur en sciences et technologies de l’information. Un futur membre de l’élite à l’échelle d’un pays dont le niveau académique reste majoritairement faible et une belle revanche pour ce fils de fermier fauché par la barbarie humaine.

Dans ce centre où les enfants deviennent rapidement les éducateurs des plus jeunes et évoluent dans une autonomie déconcertante, je rencontrerai également Chin Sopholy, un autre témoignage de la grandeur d’âme dont est capable l’être humain dans certaines circonstances. Sopholy est une jeune femme dans la vingtaine, externe au centre mais qui vient quand elle le peut donner de son temps auprès des nouveaux arrivants. Il m’aura fallu près d’un quart d’heure pour remarquer qu’elle aussi avait perdu un bras lors d’un accident du travail sur un pressoir à cane à sucre. Chin s’occupe plus particulièrement de Sinan Camara, un bébé atteint de malformation, abandonné par ses parents dans un hôpital de la région. Les pères de l’association ont accouru pour le récupérer. Ce sont aujourd’hui les enfants les plus valides du centre qui en prennent soin.

Pour l’occasion, Mek accepte gentiment de poser pour moi dans l’école qui l’a vu revivre. Il me sensibilise sur le besoin en volontaires dans ce centre et je lui promets en retour de passer le message sur mon modeste blog. Pour entrer en contact avec eux, rien de plus simple, puisque le centre dispose de sa propre page Facebook.

Avec quatre à six millions de mines disséminées sur ses sols, le Cambodge est l’un des pays les plus durement touchés par les techniques « sales » de la guérilla et nombreux sont encore les enfants fauchés par ce fléau. C’est avec ce sentiment d’espoir et riche d’une énergie folle transmise par ces enfants que je quitte Battambang.

Comme souvent, c’est en contemplant le pire que l’on parvient à envisager le meilleur. Alors que je franchis le pont qui me sépare de la route pour Phnom Penh, je ne souhaite qu’une chose : vite témoigner au nom de ces jeunes qui m’inspirent le plus grand respect. Voilà chose faite !

One Response to “Battambang – bang : l’écho des mines”

  1. Fournier dit :

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