Road-trip en Asie

Le monde sous un regard (dé)bridé

Bokéo, sa jungle et ses surprises

A bokéo, ou plutôt à Huay Xai, ville frontalière avec la Thaïlande du Nord, deux tâches sont inscrites tout en haut de ma Todo List ! Deux objectifs que j’entends accomplir durant les cinq jours que je compte passer dans les environs.
La première concerne le rapatriement de la moto à Luang Prabang. En effet, selon les maigres informations dont je dispose, ma meilleure chance de la faire réparer se nomme Angus et se trouve à 400km au sud par la route, dans cette ville que l’on appelle la Perle de l’Orient – précisément dans la direction opposée de celle que j’ai empruntée suite à l’affaire de la feuille volante.
Angus est un Allemand installé au Laos et qui aurait ouvert une boutique de location de Minsks – je retrouve sa trace dans deux blogs datant de 2008 et de 2009. J’utilise le conditionnel, car aucun guide papier ne mentionne son nom, et aucune adresse précise ne figure sur Internet.  Je dispose de peu d’infos, mais c’est à vrai dire la seule solution fiable dont je dispose.
Mon second objectif, c’est de participer à la Gibbon Experience et si possible d’y rencontrer le responsable. Il s’agit d’un trek sous forme de programme « packagé », lancé par une association qui oeuvre pour la préservation d’une espèce de grands singes, les Gibbons, précisément dans la Jungle de Bokéo toute proche. Je souhaite en apprendre plus sur la méthode qu’ont suivi les instigateurs de ce projet avec les autorités et leur présenter du même coup mon travail sur le Népal, histoire de parfaire le dossier et pourquoi de récolter quelques précieux conseils de la part de gens de « terrain ».
Dans les deux cas, la chance me sourit et doublement avec cela !
Le rapatriement de la moto tout d’abord, est rendu possible et à moindre frais grâce aux Slow Boats qui arpentent le Mékong. Ce qui m’avait été soufflé par John quelques jours auparavant à Ban Tafa trouvait donc sa confirmation sur place : on peut charger n’importe quoi sur un bateau en Asie, du moment que l’on paye. L’itinéraire principal conduit justement à Luang Prabang,  ça tombe bien. En deux jours et moyennant le prix d’une seconde place à bord, la moto sera chargée et déchargée à deux reprises, provoquant au passage l’interrogation des autres passagers. Je me rends compte que je suis devenu par le simple biais de mon véhicule un étranger parmi les étrangers. Nous partageons des tronçons et des étapes en commun mais nous avons dans le fond des routes bien différentes. Ceux qui viennent se ressourcer le temps d’un été balaint le pays en quelques jours à peine, pendant que moi, je l’arpente d’Est en Ouest et puis du Nord au Sud pendant plus d’un mois en solitaire. Et être une bête curieuse dans ce contexte ne me dérange par, bien au contraire. Cette croisière sera l’occasion de nouvelles rencontres très riches.
Pour ce qui est de l’aventure en pleine jungle, l’histoire commence avec mon enregistrement (sans réservation) pour trois jours de trek avec nuitées dans les Treehouses de Bokéo. On m’informe que les réservations sont complètes jusqu’à la fin de la semaine suivante. « Un programme à succès… tout de même ! » Coup de chance, dès le deuxième jour, un groupe de touristes censé arriver tard dans la nuit par car, est resté coincé par un glissement de terrain sur la route que j’empruntais quelques jours plus tôt. J’ai bien fait de me lever tôt ce matin là, car à 9h du matin, alors que je mettais les pieds dans cette ville pour la première fois, la veille seulement, je prends place à bord d’une des deux jeeps en direction des arbres millénaires du Nord Laos. On dirait que ma chance me poursuit…
Nous embarquons tous pour près de deux heures de route. Une fois arrivés sur place, première surprise : l’aventure se révèle sportive. Avec des marches relativement longues sur des terrains luisants de gadoue à cette saison, les premiers grincements de dents son font entendre, et les premiers specimens rares aussi. Ma forme physique est restée bonne malgré l’absence d’activité physique de ces dernières semaines. Ca se confirme, je suis un piètre coureur mais un très bon marcheur. Je prends dix minutes d’avance sur tout le monde et m’offre un tour du Parc National en solitaire dès le premier jour, non pas parce que j’ai quoique ce soit à prouver au monde en la matière, mais simplement parce que j’aime ça et que ça se passe bien ainsi…
Participent à la session quatorze personnes, réparties au sein de trois Treehouses de tailles diverses (2,4 et 8 personnes). Ce que j’ignorais avant d’y mettre les peids, c’est que les treehouses dont j’avais tant entendu parler sans jamais en voir une, sont de véritables maisons suspendues au coeur même d’une canopée vierge de toute activité humaine. Vendredi n’aurait pas renié le travail accompli. Avec leur cuisinette et leur salle de bains tout confort, disposant parfois d’un étage supérieur servant d’observatoire ou même de chambre à part, ces cabanes d’un genre nouveau siègent pour certaines d’entre elles à plus de trente mètres au dessus du sol, surplombant toute la vallée environnante. J’aimerais réussir à communiquer par les mots les sensations procurées par la conteplation de cette jungle infinie que viennent recouvrir le soir venu des tapis de condensation sous un soleil couchant. Malheureusement, je crains de manquer de vocabulaire et préfère donc laisser les photos parler à ma place.
Dans la cabane qui m’accueille : un couple d’anglais dans la vingtaine, Alex et Amee – lui est étudiant en psychologie et elle batteur dans un groupe de rock – et un Ecossais d’une quarantaine d’années répondant au nom d’Allan, professeur d’anglais au Japon. Tous trois sont d’excellents compagnons de chambrée. Alex est pour sa part un habitué des bestioles étranges, grand amateur entres autres de serpents, araignées et scorpions… Il était le mieux à même de jauger immédiatement du danger que représentait un constricteur de quatre mètres environ pénétrant notre plancher ce deuxième jour.Il était également le plus qualifié pour estimer la dangerosité des araignées au dos fluorescent qui apparaissaient de temps à autre sur une des poutres du plafond. D’une douceur sans équivalent Amee, sa petite-amie, était la parfaite équipière du matin jusqu’au soir. Elle sourit, plaisante, détend tout le monde et, qui plus est, possède tout un lot de bonne musique dans son iPod, ce qui vaut son pesant d’or lorsque l’on voyage depuis longtemps. Quant à Allan, après avoir exercé son métier des émirats arabes à l’Asie, il fourmille d’histoires et d’anecdotes qui viennent parachever les délicieux repas qui nous sont servis sous une voute étoilée enchanteresse. La vie est belle en haut de ces arbres. Je ne trouve aucun équivalent à la sensation de liberté qui m’habite pendant ces trois jours, si ce n’est dans les récits de grandes traversées du désert. Où pourrais-je être plus distant de ma vie d’antan qu’ici?
Ici, les journées commencent toujours avec le cri matinal des Gibbons. Un cri sans nul autre pareil. Un son singulier qui va du long hullulement au bruit des sabres lasers dans Star Wars quand il se déchaîne en groupe. Être réveillé au son d’une nature clamant si fort sa toute puissance, c’est vraiment quelque chose ! Le reste de la journée s’articule autour de marches au coeur même du Parc National. L’énorme plus de Bokéo, ce sont, bien entendu, ses tyroliennes géantes qui permettent de voler de colline en colline et d’atteindre les différentes cabanes sans effort ou presque.
En ce qui concerne le projet en lui-même, j’apprends que c’est un français qui en est à l’origine :  Jean-François Reumaux, mais il préfère qu’on l’appelle Jeff. J’entends son surnom la première fois sur la route du retour, dans la bouche d’une Laosienne d’une trentaine d’années au français remarquable. Je devine par ses habits qu’elle est guide dans la Réserve quand je l’aperçois pour la première fois, de retour au camp de base. La jeune femme parle peu, se place en retrait des groupes et vient se poser non loin de moi sous une terrasse recouverte. Je la trouve ravissante. Les premiers mots qui me traversent l’esprit à ce moment là sont dans l’ordre des conneries qu’on balance habituellement aux femmes que l’on trouve jolies mais cette fois-ci, je me contente de lui dire bonjour alors que je me rallonge sur mon banc, histoire de faire une sieste avant que la jeep n’arrive. La conversation entre elle et moi s’établit très naturellement sur le chemin du retour. Elle me parle de ses amis en France et à Ventiane, de sa famille et de sa blessure au bras qui l’oblige à aller se faire opérer à Bangkok dans les jours à venir. Elle me parle aussi de Jeff, comme un personnage lointain et inaccessible tout d’abord, puis comme un ami, un local qu’il est possible de rencontrer certains jours. Sans vraiment savoir pourquoi, je lui fais cadeau d’un de mes bracelets H’Mong acquis dans le Nord du Vietnam. Le soir même, elle me propose de la rejoindre pour prendre un verre au centre-ville : Jeff sera peut-être là me dit-elle avec un sourire désarmant. Je les trouve tous les deux à dix-neuf heures, au point de rendez-vous comme elle me l’avait indiqué. Moi assis face à l’homme que je voulais tant rencontrer et aux côtés de celle que j’avais secrètement désiré cet après-midi là. Je décide de me concentrer sur lui, l’occasion étant trop belle…
Homme brillant, scientifique de formation, il vient s’installer une première fois au Laos à la fin des années 90 et note l’existence des Gibbons et la possibilité de bâtir des cabances habitables dans certains arbres. Après trois premières années infructueuses, à essayer de rencontrer les mauvaises personnes, à bloquer sur des détails techniques, Jeff décide finalement de rentrer en France, la trentaine approchant. Il me confie avoir resenti ce besoin de se prouver qu’il était capable de revenir dans le système et d’y réussir (ce qu’il a fait). Début des années 2000, Jeff revient au Laos et lance, dans une semi-clandestinité tout d’abord ce qui deviendra, cinq ans plus tard, l’attraction touristique numéro 1 dans la région. Un succès tel que les autorités décident, d’attribuer à la région le statut de Parc National. Une première consécration, obtenue dans un anonymat quasiment général. Pour un homme qui, au delà du succès commercial, peut se targuer d’avoir accompli en quelques années ce que des programmes gouvernementaux faillissent à mettre en oeuvre malgré des millions de dollars, je me dis que c’est peu.
Le Gibbon à Bokéo est désormais une espèce en voie de lente reconstitution. Il faut dire que moins de dix familles peuplaient encore la forêt quand le projet fut amorcé. Depuis trois ans maintenant, les recensements successifs font état d’un nombre de naissance en croissance. Un succès d’autant plus important que cette jungle est l’une des deux seules au monde abritant ce grand singe à l’état sauvage (l’autre se trouvant en Chine). Les braconniers d’antan sont devenus les guides d’aujourd’hui. Offrir des perspectives et de nouveaux moyens de subsistance pour donner un coup d’arrêt à la chasse illégale, voilà le pari que releva l’entrepreneur acharné. Avec plus de 100 personnes qui vivent aujourd’hui directement de son projet, je n’ajouterai qu’un mot M. Reumaux : Bravo !
Pour ce qui est du contenu encore secret de nos échanges où la soirée passée à siroter une grappa locale dans son salon, je me permettrai pour une fois de ne pas trop livrer de détails. Tout ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que je suis fier de pouvoir bénéficier du soutien total de Jean-François Reumaux pour mon projet au Népal et qu’il se pourrait bien que nous nous retrouvions dans quelques mois sous d’autres latitudes que le Laos.
Fin de parcours Est-Ouest dans un Laos du Nord parfois difficile d’accès mais toujours source d’immenses découvertes. Il est temps pour moi de regagner le sud en direction de mon prochain pays : le Cambodge. Restent 1,200 kilomètres à parcourir avant d’en arriver là dans un petit mois.
PS : Salutations à Jenel, restée à l’ombre des « ziplines » pour aider les guides de l’ONG à parfaire leur anglais. Je n’oublie pas ton coup de main sur l’Everest Challenge. Merci pour ton regard intransigeant et passionné par le sujet.

A bokéo, ou plutôt à Huay Xai, ville frontalière avec la Thaïlande du Nord, deux tâches sont inscrites tout en haut de ma Todo List !

La première concerne le rapatriement de la moto à Luang Prabang. Selon les maigres informations dont je dispose, ma meilleure chance de la faire réparer se nomme Angus et se trouve à 400km au sud par la route, dans cette ville que l’on appelle la Perle de l’Orient.

Angus est un Allemand installé au Laos et qui aurait ouvert une boutique de location de Minsks – je retrouve sa trace dans deux blogs datant de 2008 et de 2009. J’utilise le conditionnel, car aucun guide papier ne mentionne son nom, et aucune adresse précise ne figure sur Internet.  Je dispose de peu d’infos, mais c’est à vrai dire la seule solution fiable dont je dispose.

Mon second objectif, c’est de participer à la Gibbon Experience et si possible d’y rencontrer les responsables. The Gibbon Experience, c’est une sorte de trek « packagé », lancé par une association qui oeuvre pour la préservation d’une espèce de grands singes, les Gibbons, précisément dans la Jungle de Bokéo toute proche. Je souhaite en apprendre plus sur la méthode qu’ont suivi les instigateurs de ce projet avec les autorités locales et leur présenter  mon travail sur le Népal, histoire de parfaire le dossier.

Dans les deux cas, la chance me sourit !

Le rapatriement de la moto tout d’abord, est rendu possible et à moindre frais grâce aux Slow Boats qui arpentent le Mékong. Ce qui m’avait été soufflé par John quelques jours auparavant à Ban Tafa trouvait donc sa confirmation sur place : on peut charger n’importe quoi sur un bateau en Asie, du moment qu’on en paye le prix ! L’itinéraire principal conduit justement à Luang Prabang. En deux jours et moyennant le prix d’une seconde place à bord, la moto sera chargée et déchargée, provoquant au passage l’étonnement des passagers.

Je suis devenu par le biais de mon véhicule un étranger parmi les étrangers. Aristocrate de la route, je marque maintenant ma différence. Nous partageons des tronçons mais nous avons des routes bien différentes. Ce pays, je l’arpente d’Est en Ouest, puis du Nord au Sud. J’en transpire le bitume, je me parfume à l’essence de ses campagnes.

Pour ce qui est de l’aventure en pleine jungle, l’histoire commence avec mon enregistrement (sans réservation) pour trois jours de trek avec nuitées dans les arbres (c’est la particularité de ce trek). On m’informe que les réservations sont complètes jusqu’à la fin de la semaine. « Pour un programme à succès, on peut dire que ça marche fort ! »

Coup de chance, dès le deuxième jour, un groupe de touristes censé arriver tard dans la nuit par car, est resté coincé par un glissement de terrain sur la route que j’empruntais quelques jours plus tôt. J’ai bien fait de me lever tôt. Une heure plus tard, je prends place à bord d’une des deux jeeps, direction les arbres millénaires du Nord Laos.

In the jeep to the Gibbon Experience

Nous embarquons tous pour près de deux heures de route. Une fois arrivés sur place, première surprise : l’aventure se révèle sportive. Avec des marches relativement longues sur des terrains luisants comme une patinoire et épais comme un parterre de glaise, les premières chutes ne tardent pas.

Uneasy walk in the Bokeo Jungle

Ma forme physique est restée bonne malgré l’absence d’activité physique de ces dernières semaines. Je suis un piètre coureur mais je me révèle être un bon marcheur. Ce soir là, dans la cabane, une vraie sensation de bien-être m’a envahie !

Participent à la session quatorze personnes, réparties dans trois Treehouses de tailles diverses (2,4 et 8 personnes). Ce que j’ignorais avant d’y mettre les pieds, c’est que les treehouses sont en fait de véritables maisons suspendues au coeur de la canopée. Vendredi et Robinson n’auraient pas renié le travail accompli, c’est tout bonnement impressionnant ! Avec leur cuisinette et leur salle de bains tout confort, disposant parfois d’un étage supérieur servant d’observatoire ou même de chambre à part, ces cabanes d’un genre nouveau siègent, pour certaines d’entre elles, à plus de trente mètres au dessus du sol, surplombant la vallée environnante. Les mots me manquent pour décrire les sensations procurées par la contemplation de cette jungle infinie que viennent recouvrir des tapis de condensation sous un soleil couchant.

Stunning view from the treehouses of the Gibbon Experience

Dans la cabane qui m’accueille : un couple d’anglais dans la vingtaine, Alex et Amee – lui est étudiant en psychologie et elle batteur dans un groupe de rock – et un Ecossais d’une quarantaine d’années répondant au nom d’Allan, professeur d’anglais au Japon. Tous trois sont d’excellents compagnons de chambrée.

Alex est pour sa part un habitué des bestioles étranges, grand amateur entres autres de serpents, araignées et scorpions…

Alex the wild animals friend

Il était le mieux à même de jauger immédiatement du danger que représentait un constricteur de deux mètres environ pénétrant notre plancher ce deuxième jour. Il était également le plus qualifié pour estimer la dangerosité des araignées au dos fluorescent qui apparaissaient de temps à autre sur une des poutres du plafond.

D’une douceur sans équivalent Amee, sa petite-amie, était la parfaite équipière du matin jusqu’au soir. Elle sourit, plaisante, détend tout le monde et, qui plus est, possède tout un lot de bonne musique dans son iPod, ce qui vaut son pesant d’or lorsque l’on voyage depuis longtemps.

Amee on the string

Quant à Allan, après avoir exercé son métier des émirats arabes à l’Asie, il fourmille d’histoires et d’anecdotes qui viennent parachever les délicieux repas qui nous sont servis sous une voute étoilée enchanteresse.

Allan in the canopee for the dinner

La vie est belle en haut de ces arbres. Je ne trouve aucun équivalent à la sensation de liberté qui m’habite pendant ces trois jours, si ce n’est dans les récits de grandes traversées du désert. Où pourrais-je être plus distant de ma vie d’antan, qu’ici?

Les journées commencent toujours avec le cri matinal des Gibbons. Un son singulier qui va du long hullulement au bruit des sabres lasers dans Star Wars quand il se déchaîne en groupe. Être réveillé au son d’une nature clamant si fort sa toute créative puissance, c’est vraiment quelque chose ! Le reste de la journée s’articule autour de marches au coeur même du Parc National. L’énorme atout de Bokéo, ce sont bien entendu ses tyroliennes géantes qui permettent de voler de colline en colline et d’atteindre les différentes cabanes sans effort ou presque.

Ziplines in the Bokeo jungle

En ce qui concerne le projet en lui-même, j’apprends que c’est un français qui en est à l’origine :  Jean-François Reumaux, mais il préfère qu’on l’appelle Jeff.

J’entends son surnom la première fois sur la route du retour, dans la bouche d’une Laosienne d’une trentaine d’années au français remarquable. Je devine par ses habits qu’elle est guide dans la Réserve quand je l’aperçois pour la première fois, de retour au camp de base. La conversation entre elle et moi s’établit très naturellement sur le chemin du retour. Elle me parle de ses amis en France et à Ventiane, de sa famille et de sa blessure au bras qui l’oblige à aller se faire opérer à Bangkok dans les jours à venir. Elle me parle aussi de Jeff, comme un personnage lointain et inaccessible tout d’abord, puis comme un ami ensuite. Sans vraiment savoir pourquoi, je lui fais cadeau d’un de mes bracelets H’Mong acquis dans le Nord du Vietnam. Le soir même, elle me propose de la rejoindre pour prendre un verre au centre-ville : « Jeff sera peut-être là ».

Je les trouve tous les deux à dix-neuf heures, au point de rendez-vous comme elle me l’avait indiqué. Moi assis face à l’homme que je voulais tant rencontrer et aux côtés de celle que j’avais du désirer une heure.

Homme brillant, scientifique de formation, il vient s’installer une première fois au Laos à la fin des années 90 et note l’existence des Gibbons et la possibilité de bâtir des cabances habitables dans certains arbres de Bokéo. Après trois années infructueuses, à essayer de rencontrer les mauvaises personnes, à bloquer sur des détails techniques, Jeff décide finalement de rentrer en France, avec la trentaine qui approche. Il me confie avoir ressenti le besoin de se prouver qu’il était capable de revenir dans le système et d’y réussir (ce qu’il a fait). Début des années 2000, Jeff revient au Laos et lance, dans une semi-clandestinité tout d’abord ce qui deviendra, cinq ans plus tard, l’attraction touristique numéro 1 dans la région. Un succès tel que les autorités décident, d’attribuer à la région le statut de Parc National quelques années plus tard. Une première consécration, obtenue dans un anonymat quasiment général (du point de vue français). Voilà un homme qui peut se targuer d’avoir accompli en quelques années ce que des programmes gouvernementaux faillissent à mettre en oeuvre malgré des millions de dollars. Le Gibbon à Bokéo est aujourd’hui une espèce en voie de lente reconstitution. Il faut dire que moins de dix familles peuplaient encore la forêt quand le projet fut amorcé. Les recensements successifs font état d’un nombre de naissance en croissance. Un succès d’autant plus important que cette jungle est l’une des deux seules au monde abritant ce grand singe à l’état sauvage (l’autre se trouvant en Chine). Les braconniers d’antan sont devenus les guides d’aujourd’hui. Avec plus de 100 personnes qui vivent directement de son projet, je n’ajouterai qu’un mot : bravo !

Pour ce qui est du contenu de nos échanges où la soirée passée à siroter une grappa locale dans son salon, cela restera dans le domaine privé. Tout ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que je suis fier de pouvoir bénéficier du soutien total de Jean-François Reumaux pour mon projet au Népal et qu’il se pourrait bien que nous nous retrouvions sous d’autres latitudes dans quelques mois.

Au moment d’embarquer pour cette descente du Mékong, j’arrive à la fin de mon parcours Est-Ouest dans un Laos du Nord parfois difficile d’accès mais toujours source d’immenses découvertes. Il est temps pour moi à présent de regagner le sud en direction de mon prochain pays : le Cambodge. Restent 1,200 kilomètres à parcourir avant d’en arriver là. Prochaine étape : Luang Prabang et son atmosphère surannée.

PS : Salutations à Jenel, restée à l’ombre des « ziplines » pour aider les guides de l’ONG à parfaire leur anglais. Cheers for you Glenn, you’re the man !

One Response to “Bokéo, sa jungle et ses surprises”

  1. mamijo dit :

    Un vrai tarzan mon Did ! Mjo

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