Road-trip en Asie

Le monde sous un regard (dé)bridé

La bonne étoile?




Le voyage n’est pas seulement une histoire de paysages et de rencontres. Dans certains cas, c’est aussi un cheminement intérieur, une succession de petits signes qui donnent naissance à une nouvelle perception de soi. On se trouve en quelque sorte en mesure de composer sa propre mythologie. Et dans ce domaine, les catastrophes qui surviennent en périphérie du voyage méritent elles aussi d’être contées.

Le parcours qui a été le mien à travers une Asie sous la mousson a aussi été celui d’un ange de mauvaise augure poursuivi par des catastrophes qui le dépassaient tant par leur fréquence que par leur intensité. « Après moi le déluge » s’était écrié Louis XV en apprenant l’approche d’une comète sur la planète Terre. Voici donc un bref compte rendu de ces aléas qui ont jalonné mon parcours, m’épargnant toujours de leurs conséquences. Chat noir pout les autres, c’est ce j’appelle être né sous une bonne étoile…

Tout commence au Népal, ma première destination. Kathmandu, après trois semaines au pays de l’Everest, dont huit jours dans la capitale, je quitte le pays par la petite porte le 28 avril 2010. Le 1er mai, soit soixante-douze heures  plus tard, une profonde crise constitutionnelle ébranle le pays et donne lieu des manifestations monstres qui perdureront pendant plus d’un mois. Les touristes présents pendant les évènements seront pour beaucoup bloqués dans un climat d’insurrection.









En Inde, et plus précisément à Srinagar, capitale du Kashmir où je séjourne pendant près de huit jours, je découvre une ville sur des charbons ardents. La lutte pour l’indépendance vieille de près de 80 ans ne connait pas de répit et constitue la principale source de frictions entre deux puissances nucléaires : l’Inde et le Pakistan. A trois reprises durant mon séjour, tous les magasins fermeront en protestation contre l’autorité indienne. A peine deux semaines après mon départ, des émeutes sanglantes éclatent faisant trois morts dont un enfant de 7 ans… Sans connaître un quelconque ralentissement jusqu’à la fin de l’été, le affrontements gagneront même en ampleur. On comptait près de 90 morts côté kashmiri, à la mi-septembre.




Vient le Ladakh, l’aboutissement de mon périple indien. Sept jours de rêve sur les haut plateaux himalayens. Un séjour si beau – sorte de climax de mes aventures dans les Indes – que je ne suis toujours pas, à ce jour, parvenu à écrire l’article relatant ce bout de mon voyage. Au moment où je m’envole pour Delhi dans les derniers jours de Juin, rien ne laisse présager des inondations catastrophiques qui surviendront un mois plus tard et dévisageront durablement la région, faisant au passage 177 morts dont quelques touristes occidentaux.











Mon arrivée dans la péninsule du Sud-Est asiatique est censée m’assurer des jours tranquilles et pour dire vrai, ce fut le cas… Mon périple commence par Hanoï que je quitterai aux alentours du 20 juillet après un bref passage par la baie d’Halong. Courants dans la région, il est tout de même à noter qu’un violent typhon a frappé la ville presque un mois jour pour jour après mon départ, faisant neuf morts. J’en récupérerai les restes à Dien Bien Phu, lors de ma descente vers le Laos. Alors rétrogradé en tempête tropicale, l’orage m’obligera à un calfeutrage dans mon hôtel pendant quarante-huit heures : une broutille à l’échelle des dégâts enregistrés…



C’est au Laos que j’apprends une bien triste nouvelle. L’avion de la micro compagnie Agni Air avec laquelle je m’étais rendu sur les sentiers de l’Himalaya (la compagnie compte deux appareils au total) s’est écrasé trois mois après mon passage dans la région. On dénombre quatorze morts et zéro rescapé. Carte d’embarquement à l’appui, je constate qu’il s’agit bien du vol 101, celui là-même à bord duquel j’avais pris place. Triste nouvelle donc, qui plus est pour la ville de Lukla joignable uniquement par les airs et pâtissant déjà d’un triste record. Son aéroport figure parmi les dix plus dangereux de la planète… C’est à partir de cet instant que je commence à méditer sur mon statut de « Chat Noir ».









Terminus symbolique de mon voyage, Phnom Penh, a été une ville où je me suis un peu attardé. Dix jours, pas un de moins, c’est le temps qu’il m’a fallu pour en sillonner les recoins en profondeur. Parmi les non-attractions touristiques que compte la ville, j’ai trouvé Diamond Island encore en cours de construction au moment de mon passage. J’y suis passé afin de prendre quelques clichés de ces esclaves modernes que sont les balayeuses des rues. Par pure gentillesse, quelques unes se sont pliées au jeu du portrait improvisé. L’accès à cette île se fait par un pont à l’esthétique toute subjective qui n’a pas manqué d’ailleurs d’attirer mon attention. Deux passent et le fameux pont est le théâtre d’une bousculade qui fera 300 morts… On parle de la plus grande tragédie du pays depuis l’éviction de Pol Pot du pouvoir. Une chance de ne pas avoir été là pendant les célébrations de l’eau qui se tenaient au moment de la catastrophe car il y a fort à parier que j’aurais été des festivités, ne serait-ce que pour prendre quelques clichés…



La Thaïlande enfin et ma visite d’une semaine à Bangkok qui aurait été anecdotique s’il elle ne venait s’ajouter a la liste de ces incongruités statistiques. Le 3 Octobre, je décolle en direction de Paris. Le 10, une pluie diluvienne s’abat sur la ville faisant près de 100 morts en quelques jours. On parle des pires inondations de la décennie et trois étrangers sont comptés parmi les victimes. Là encore, c’est passé près, d’autant qu’à chaque fois, les hôtels dans lesquels je séjourne figurent parmi les plus bas-de-gamme. A défaut de matelas à eau, j’aurais pu connaître le lit flottant.









Sain et sauf aujourd’hui, bien à l’abri dans une solide batisse Auvergnate, l’énumération de ces quelques faits n’en retire rien à l’appel du voyage. Plus conscient que jamais d’avoir une bonne étoile au dessus de la tête, je n’attends qu’une seule chose : repartir, et si possible loin des destinations classées comme totalement sûres. Ma route à moi doit emprunter des sentiers plus incertains. La découverte de soi est à ce prix, car ce n’est pas dans une station balnéaire où bikinis et DJs branchés sont légions que l’on trouve le repos de l’esprit suffisant pour avancer. Amis voyageurs, s’il venait à vous en manquer, je ne dirai qu’une chose : l’espoir est de mise !





Leave a Reply