Road-trip en Asie

Le monde sous un regard (dé)bridé

En théorie…

En théorie, je suis un voyageur comblé à l’heure qu’il est, maître de mon temps et de ma destinée.

En théorie, je suis libre comme l’air, indépendant des files d’attente, des itinéraires préétablis et des dialogues de sourds avec les guichetiers (ceux qui sont venus au Vietnam Nord savent de quoi je parle).

En théorie, je pourrai d’ici peu passer les frontières du Sud-est asiatique tel un zorro masqué sur son destrier, cheveux aux vents et n’ayant que faire des boulevards pour touristes. Je serai imprévisible !

En théorie, je fais aujourd’hui partie du club très fermé des heureux possesseurs de Minsk, petit bijou de technologie (enfin, il fut un temps) de Mother Russia. Merci de la saluer comme il se doit. Elle est belle non?

My Minsk for a few months

125cm cubes, quatre vitesses et une santé à toute épreuve !

Impossible de lui donner un âge. Impossible de dire combien d’hommes lui sont passés dessus. Elle a jeté les compteurs par dessus ses rétros depuis longtemps.

Si je précise en théorie au début de chaque phrase, c’est qu’en échange de cette merveille, j’ai simplement donné une poignée de billets à un employé de l’ambassade de Grande-Bretagne sur le départ. Aucun document officiel de cession, aucune trace écrite, c’est à peine si le garçon à mon email – (c’est qu’il a fallu que je le contacte, autrement…). Drôle de concept pour nous Français, champions du monde de la paperasse à la tonne. Une transaction mano a mano !

Je crois que chez nous, hors mis les bombecs à la boulangerie, et encore… A mon avis, il faut insister pour ne pas avoir un ticket de caisse avec ses trois fraises Tagada. A l’avenir, on fera faire une reconnaissance rétinienne aux petits qui veulent acheter une sucette, juste pour vérifier qu’ils ne sont pas des obèses en devenir. Bah c’est vrai, le pauvre contribuable qui paye la Sécu, vous y pensez? Un peu d’ouverture d’esprit, enfin !

Ici au Vietnam, il existe encore une certaine latitude de mouvement, un certain libre-arbitre. Porter un casque par exemple. Voilà un geste qui n’a jamais engagé que celui qui le portait. En aucune manière un casque n’a sauvé la vie d’un piéton ou d’un chien qui se faisait heurter par un scooter. Non, dans le cas présent, il s’agit de maximiser ses chances de survie en faisant les beaux jours de Petrolan et rien d’autre. A moins que… nos chères compagnies d’assurance n’y aient quelque chose à redire… Bref, c’est censé être un choix personnel, et pourtant, de la où je viens, on n’a plus le droit de faire ce choix depuis bien longtemps. On doit s’affranchir d’un équipement aux normes, souvent très coûteux. On doit marcher au pas où se faire verbaliser dans la minute.

Ici, dans ce que l’on appelait il y a peu le tiers-monde, on a encore le droit de préférer le geste au résultat. Et on a encore les moyens de dire merde à Petrolan. Moi j’aime ça !

J’imagine le choc que doit être ce paragraphe pour les quelques prisonniers de la pensée unique qui seraient tombé(e)s dessus par erreur. Je m’en excuse par avance tout en précisant que si mon discours vous énerve, sachez que j’en suis ravi : « Mais c’est scandaleux, faire l’apologie de la conduite à moto, déjà dangereuse en soi, surtout dans un pays sous-développé comme le Vietnam où y’a que des chinois et sans le port du casque de surcroît… Il faut blacklister ce dangereux personnage. Coupez-moi ce blog, de grâce ! Appelez-moi Nicolas ! »

Je comprends que cela puisse en mettre certains mal à l’aise, mais il faut se faire une raison… J’ai opté pour une vie faite de sauts d’avions, plus de 4,000 mètres au dessus du sol avec pour seule (double) sécurité, un torchon accroché au bout d’un sac à dos.  J’ai choisi de quitter un job confortable (celui dont vous rêvez pour votre gosse qui se trouve actuellement en école de brainwashing – pardon, on dit Business School – là où on apprend que ce qui compte avant toute chose, c’est le profit généré), bref, un boulot outrageusement bien payé étant donnée l’inutilité sociétale du job. Et à Paris qui plus est… Tout ceci, que je délaisse pour quoi? Pour lui préférer les recoins à Malaria où le Sida est aussi courant que les jours de grisaille en Normandie… Que voulez-vous, c’est la jeunesse intrépide. C’est à n’y rien comprendre, mais si ça vous perturbe, je vous en prie, ne cherchez pas. Dîtes-vous simplement que je fais partie de ces gens qui savent à quel point il est bon de se baigner nu, comme un vers et qui ne renoncerait à ce plaisir pour rien au monde, au mépris même de la moral.

Bref, ici au Vietnam, bien que le port du casque soit devenu légalement obligatoire, ils sont encore nombreux à résister. On les voit partout, même dans Hanoï. Et visiblement, les flics de ce pays ont mieux à faire que de les pister à tous les coins de rue. Du coup, on se demande bien ce qu’ils font de leurs journées…

Pour ce qui est de la carte affichée en tête de ce message, vous vous demandez peut-être à qui elle appartient… En théorie, c’est à moi qu’elle appartient désormais. Pour ce qui est ce Nguyen Van Minh, je n’ai aucun indice me permettant de remonter jusqu’à lui… Et lui n’a aucune chance de me retrouver non plus ! :)

Au Vietnam les étrangers n’ont  le droit d’acquérir ni propriétés, ni biens appartenant à un Viet. Du coup, ces bêtes de route infatigables que sont les Minsk se passent de mains en mains, toujours de cette manière, toujours accompagnées d’une carte grise ornée d’un prête-nom. Et ça dure depuis des années… On passe même les frontière avec, à ce qu’il parait. Là encore, ce n’est pas avec Nicolas que ça se passerait comme ça. D’une incompétence ces asiatiques…

Inutile de vous dire que dans ces conditions, il n’existe aucune garantie de bon fonctionnement de la machine passé le premier virage, ni aucune assurance valable en cas d’accrochage (Ouf, Axa est soulagée). Il faut apprendre à avancer en ne comptant que sur soi, comme dans le bon vieux temps, quand on ne nous tendait pas à tout bout de champ la tétine sécuritaire.

Côté mécanique, la bête est réputée increvable et les premiers tours de roue confirment son état de forme : vive et alerte. Je reste lucide néanmoins. J’aurai forcément deux ou trois mauvaises surprises en chemin. J’ai déjà hâte de lire le nom des pièces détachées en russe !

Si les cieux me sont favorables, je passerai la frontière nord-vietnamienne avec le Laos dans une dizaine de jours, avant de redescendre le Mékong, puis d’entrer à nouveau au Vietnam pour faire la route de la côte jusqu’à l’ancienne Saïgon. De ce point septentrional, je remonterai au nord et franchirai la frontière Cambodgienne cette fois-ci en direction de Siem Reap (Angkor pour les amateurs). Enfin, je tenterai une incursion en territoire Thaï avant de céder mon petit bijou au plus galant (ça c’est pour faire chier mon ancien prof de finance avec ces théories mensongères sur le marché pur et parfait qui va toujours au plus offrant. Lui non plus n’était pas né pour voir la crise financière de 1908 : cette tête d’âne !)

C’est là toute la beauté de la rencontre avec une telle compagne. Cavalier mais jamais possesseur. Cette Minsk que j’ai faite mienne aujourd’hui sera celle d’un autre demain. Il en a toujours été ainsi et je n’aurai d’autre choix que de respecter la tradition.

Pour ce que j’imagine être le prix d’une call-girl débutante à Paris ($350 – mais là encore, pour plus de précisions, adressez vos demandes d’information à Nicolas), je me suis offert le plus beau châssis d’Orient. Un pari de 5,000km au bas-mot.

Croisez les doigts pour moi et rassurez-vous, j’ai une bonne étoile… en théorie !

6 Responses to “En théorie…”

  1. mjo dit :

    h là là ! Tu es vraiment sorti du système dans ta tête !!!! Nous on tempête tous les jours d’être dedans et encore …..on est plus dans les civilités mais bon ……….on est des n° et on casque !!!!!
    Donc bonne route. Tu vas retrouver des endroits magiques et naturels …. Bon vent et vroum vroum …………..

  2. ANNABEL CHERIK dit :

    j’adore ton humeur!zi-va mon didou et roule pour nous!et bah moi je fais du vélo en ce moment, …et devine-quoi…la dingue…SANS CASQUE! Ouais, je sais, je vis dangereusement, et je partage donc ton petit frisson au niveau de la colonne vertébrale…le vent dans les cheveux aussi…allez, gros bisous!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  3. Papa dit :

    Avec des comments aussi progressistes je me dois de rétablir un semblant d’équilibre ; sans être trop rabat-joie je te dis » fais gaffe quand même  » Allez profite ! ! ! ! ! !

  4. admin dit :

    Ah ah ! Je ne t’en veux pas, tu es bien dans ton rôle de père. La prudence, toujours en tête, pour continuer à avancer, pour continuer à profiter. Je vous embrasse fort, tous. A très bientôt pour des photos de la campagne tonkinoise.

  5. Papa dit :

    Encore heureux que tu ne m’en veuilles pas, la prudence a fait que tu es là où tu es et que tu seras ailleurs pour donner joie et bonheur selon le même  » schéma « . L’autre tête d’âne

  6. Julie dit :

    Vive ta Liberté!
    De tout coeur avec toi xxx

Leave a Reply