Message de bienvenue

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« Les passagers des rangs 29 à 89 son priés de se présenter munis de leur carte d’embarquement aux guichets 20 et 21 … ».

Voilà, j’y suis presque : l’Amérique !
15 minutes encore, et je quitterai une nouvelle fois ma terre natale avec de nouveaux horizons en ligne de mire. Cet été là, il tape un soleil de plomb sur le midwest, pas moins de 39°C à l’ombre, 100° F sont annoncés sur la Weather Channel.

Dehors les enfants font des bonds sur les trampolines, alors que la douce musique d’Ice Cream Man se fait entendre au loin. Une ambiance quasi-clwonesque envahit tout le quartier avec sa cohorte de notes guillerettes, enfantines. Dans quelques minutes il sera là, avec son cortège de glaces savoureuses, multi-formes et multicolores et les gamins des environs accourront vers ce petit camion, faisant une pause dans leurs interminables parties de Ghost in the backyard, ou de base-ball.

Je me rappelle avec exactitude le sentiment de liberté qui m’envahit, au moment de brandir quelques « buks » en échange d’un « Popsickle », et d’un Sprite : c’est le goût de l’Amérique, le goût de ma première découverte. Nous sommes courant août 1995 et j’ai 14 ans.

Je suis déjà venu dans ce pays auparavant, mais dans un tout autre contexte. Avec la famille, ce n’est pas le même type de voyage. Certes, on peut découvrir tout autant de paysages et de splendeurs, mais il reste toujours une partie de France qui vous encombre lorsque vous marchez dans la rue ou que vous demandez les clés de votre chambre, au President Hotel, NYC. Et puis, les rues, les odeurs, les visages ne vous imprègnent pas tout à fait de la même manière lorsque vous ne vous abandonnez pas totalement à ces dernières. Il faut s’arrêter pour un temps, oublier ce que l’on connaît, qui l’on est et d’où l’on vient pour s’offrir tout entier à la découverte.

On compare, discute, convainc que le modèle choisi est le meilleur. Les glaces de Ice Cream Man, sont devenues, l’espace de quelques minutes, le centre du monde quelque part, à South Jordan Utah. Du moins, elles sont le centre de mon monde. Un monde tranquille et joyeux, insouciant et plein d’entrain ; un pur moment de bonheur !

Pour en revenir à la glace, la mienne reste plutôt un choix « classique » mais qui a  néanmoins fait ses preuves : la Chocolate Crisp. Sous mes yeux, s’étale toute la diversité et la créativité qui me fascinaient tant dans ce pays : des bâtonnets rouge bleu blanc, des perroquets multicolores, des avions de chasse glacés et j’en passe… Quand j’y pense, nos petits esquimaux made in France faisaient bien pâle figure à côté. Mais avec le recul, je me dis que c’était une chance, en tous cas, dans ma situation ! Comment, autrement, m’émerveillerais-je de toutes ces choses si elles étaient à portée de main ?

D’ailleurs, je n’envie pas mes petits camarades américains cet été là. Mon aisance linguistique me permettant déjà de bien communiquer dans la plupart des situations, je me délecte de ma différence nationale qui constitue un sujet de discussion inépuisable et une excuse à toutes les rencontres. Je joue le rôle du petit Frenchy – comme nous le ferions tous dans pareille situation – et j’émerveille mon entourage en racontant tout simplement qui je suis et comment je vis… Nul besoin d’en rajouter, la magie du voyage faisant tout le reste !

Souvenirs d’un premier voyage en immersion, rédigé courant novembre 2005

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Quand je suis retombé sur ce bref passage rédigé il y a quelques années, je me suis dit que tout était là. Le besoin de partir, de s’extirper de sa zone de confort, d’aller au devant de  la découverte, tout y était justifié en quelques lignes sibillines. Paré de mots enfantins voire, un texte qui fait rejaillir en moi cette irrépressible envie d’exil.

Soudain, je me rappelle… Combien une simple glace de l’autre côté de l’océan peut revêtir un caractère exceptionnel, combien la vie a pu me sembler juteuse loin de tous mes acquis. Suffisamment exceptionnelle pour justifier que je m’applique à la décrire, suffisamment exceptionnelle pour que j’en salive encore des années plus tard.

L’Asie comme une entrée en matière, attablé parmi les voyageurs, j’ouvre ce nouveau chapitre de ma vie. Que le repas soit long, que le banquet soit festif. Je suis fin prêt pour le festin !

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