Road-trip en Asie

Le monde sous un regard (dé)bridé

« Oh-My Earth » – la 8è route Laosienne

En quittant la capitale Vientiane, c’est la fameuse route n°13 que je retrouve. Celle que les locaux surnomment affectueusement « the highway » est aux dimensions du pays : deux voies seulement, pour une longueur de huit cents kilomètres. Au bout du chemin : les 4,000 îles, puis la frontière.

D’un point de vue de motard, ce n’est pas la meilleure partie du trajet qui m’attend. Le tracé qui s’étale devant moi est quasiment rectiligne et l’asphalte s’étend à perte de vue. A faible vitesse, ça peut être décourageant.

Mais ce Laos du sud, c’est surtout une merveille géologique et donc touristique. Peu ont le temps de s’y attarder. J’aurai la chance de faire partie des « happy few » à voir le vrai visage du pays, composé encore aujourd’hui à 75% de ruraux, dont nombre d’entre eux sont issus des minorités, comme les H’Mongs que j’avais déjà approché près de Sapa.

Passés Paksan et Pak Kading, deux villes sans réel intérêt touristique, l’itinéraire poursuit sa filature du Mékong et plonge alors vers le sud, cap fixé sur le Cambodge. Cent quatre-vingts kilomètres de parcours, j’arrive dans le petit bourg de Lak Lao, un village aussi peu enthousiasmant que ses prédecesseurs. Les portions de route qui traversent la ville sont recouvertes d’une fine couche de terre que les poids-lourds soulèvent, plongeant les échoppes attenantes dans un brouillard qui ne donne pas envie de s’attarder. Je vais néanmoins parcourir ces quelques kilomètres au pas car je ne veux pas manquer l’embranchement pour la route n°8 qui, selon mon maigre plan, doit prendre sa source non loin de là.

La route n°8, c’est un ticket pour quelques uns des plus beaux points de vue du pays. Chemin de traverse venant compléter le quadrillage du réseau routier sud-asiatique, ce tracé plein Est, sillonne à travers le Bolikhamsai et vient s’échouer aux pieds du voisin Vietnamien. Un itinéraire de routiers, peu de backpackers !

La Konglor Cave tout d’abord, un ensemble lacustre sous-terrain, au coeur de la paroi montagneuse et que traverse la tumultueuse rivière Nam Kading. Pour y accéder, il faut traverser ce qui ressemble au coeur d’une Catéra (ces cratères géants formés par la fusion de plusieurs volcans dont les parois s’effondrent jusqu’à former de gigantesques cirques).

Quarante kilomètres dans cet entonnoir sont nécessaires pour rallier Konglor, ce qui donne une petite idée des dimensions de l’ensemble. Konglor, le village du même nom annonce le bout de l’impasse, aux pieds du dernier rideau de roche. Aucun engin motorisé n’ira plus loins, à moins d’être flottant. Autant dire que les environs baignent dans ‘un océan de tranquilité : bêtes qui paissent en liberté, enfants qui batifolent nus dans les cours d’eaux…

La grotte est un spectacle en soi. La galerie principale que l’on parcourt en bateau est longue de huit kilomètres, soit au moins trente minutes de navigation avant de déboucher de l’autre côté du massif. La voûte, qui peut atteindre soixante mètres de hauteur au coeur même de la roche remet sérieusement en perspective la grandeur de nos cathédrales. Il est malheureusement difficile de ramener quelque photo satisfaisante de cette aventure même si les ensembles géologiques qui ornent le parcours profitent depuis 2008 d’un éclairage ponctuel, oeuvre de l’ONG française « Electricité sans Frontières ».

Non loin de là, le point de vue de Ban Lava offre un panorama époustouflant sur l’incroyable Hill Bun Valley : une terre abondamment irriguée où les rizières se heurtent à ces massives barrières rocheuses. Des orgues géants érigés vers le ciel par milliers qui, côté sud, sud-ouest se concentrent jusqu’à former un véritable champ d’aiguilles. Du haut de ce promontoir, la terre qui se répand sous les yeux ressemble à ce que l’on qualifierait bien volontiers de surface extraterrestre. Avec la lumière du soir la sensation de bout du monde, est renforcée.

L’aventure prend fin peu après la ville de Lac Sao, à moins d’une demi-heure du Vietnam. Dans cette ville-carrefour aux parfums d’huile moteur et aux relans de Whisk local, support des usines, installations hydrauliques et autres scieries des environs, la route qui rejoint le Mékong devient chemin. Le gris de l’asphalte laisse sa place au marron-rouge caractéristique des terres de cette région. Une nouvelle teinte qui annonce des heures de route difficiles.

Comme au nord Vietnam, mais en pire : les ornières deviennent des crevasses, les flaques gagnent en volume jusqu’à former de mini-étangs au beau milieu de la route. J’ai de l’eau jusqu’à mi-selle quand je réalise qu’après une grosse heure d’effort, je n’ai parcouru que onze kilomètres sur ce nouveau terrain.

Résigné et plein de gratitude envers la Minsk qui répond encore malgré un parcours des plus chaotiques, je décide de revenir sur mes empreintes pour mieux rallier Takek, ma prochaine destination. Quatre-vingt dix kilomètres en sens inverse et une route numéro huit toujours aussi plaisante.

Un spectacle en soi, dont la représentation s’achève à l’endroit même où elle avait commencé : sur la treizième route, au beau milieu de Lac Lao.

3 Responses to “« Oh-My Earth » – la 8è route Laosienne”

  1. mamijo dit :

    Par endroit, on croit revoir la Réunion ! Bel itinéraire ! Mjo

  2. annabel dit :

    quels verts magnifiques!bizzzzzzzzzzzzzzzzz

  3. Romain dit :

    C’est fou comme certains endroits les paysages rappellent le Népal. Je pense à la verdure et aux montagnes, qui n’ont certes pas le même relief, mais qui ont le mérite de me faire revivre des moments incroyables :) (Next step pour moi : le Laos apparemment, tu m’as donné envie !)

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