Road-trip en Asie

Le monde sous un regard (dé)bridé

Petit détour par l’enfer Khmer.


  • Réponds conformément à la question que je t’ai posé. N’essaie pas de détourner la mienne.
  • N’essaie pas de t’échapper en prenant des prétextes selon tes idées hypocrites. Il est absolument interdit de me contester.
  • Ne fais pas l’imbécile car tu es l’homme qui s’oppose à la révolution.
  • Réponds immédiatement à ma question sans prendre le temps de réfléchir.
  • Ne me parle pas de tes petits incidents commis à l’encontre de la bienséance. Ne parle pas non plus de l’essence de la révolution.
  • Pendant la bastonnade ou l’électrochoc, il est interdit de crier fort.
  • Reste assis tranquillement. Attends mes ordres s’il n’y a pas d’ordre, ne fais rien. Si je te demande de faire quelque chose, fais le immédiatement sans protester.
  • Ne prends pas prétexte sur Kampuchea Khom pour voiler ta gueule de traître.
  • Si vous ne suivez pas tous les ordres ci-dessus, vous recevrez des coups de bâton, de fils électriques ou des électrochocs (vous ne pourrez pas compter ces coups).
  • Si tu désobéis à chaque point de mes règlements, tu auras soit dix coups de fouets, soit cinq électrochocs.

Tel était le règlement des agents de sécurité à partir du 17 avril 1975 quand la clique de Pol-Pot, l’instigateur de la vague Rouge, prit la décision de transformer Tuol Sleng, lycée de Phnom Penh, en centre géant d’extermination. Une prison que l’on connaîtra par la suite sous le nom de S-21.

De nombreuses lignes ont déjà été écrites sur cette page de l’histoire. Mon but n’est pas ici de s’y substituer. Face à l’horreur de la barbarie humaine, chacun ressent l’effroi selon sa sensibilité et chacun le digère selon sa vision de l’avenir. Il me semblait important de délivrer auprès de ceux qui n’ont pas eu la chance d’arpenter ces couloirs, l’affreuse sensation d’un passé qui pourrait resurgir si nous n’y prenons pas garde.

Pour ce faire, je n’ai rien trouvé de mieux que d’y dédier un album photo que vous jugerez parlant ou pas. Mon but ici n’est pas de limiter mon propos à un évènement du passé, ni même de pointer du doigt le peuple Khmer mais simplement de rappeler que de l’Allemagne Nazi, au Japon de l’occupation en passant par l’Amérique de Guantanamo, par le Rwanda de Kagamé ou encore la France de la Guerre d’Algérie, et bien d’autres exemples dans l’histoire humaine que je ne saurais citer ici, tant la liste est exhaustive, la barbarie est une tragédie universelle. Et non, il n’y a pas que la shoah dont il faut se soucier, c’est pourquoi faire de chaque élève du primaire le dépositaire de ce souvenir est un projet hors propos. C’est restreindre son champ de vision à un évènement ponctuel et à une minorité à qui l’on a tendance à attribuer le monopole du martyr quand la raison voudrait que l’on invite plutôt nos enfants à méditer sur les contours sombres de nos sociétés modernes, tout en restituant un champ élargi de la liste de ces exactions… Parlons de Gaza, parlons de la Tunisie ou encore sous certains aspects des USA et de l’Iran. Aucune nation ne saurait se poser en détentrice de la morale universelle, ni ne saurait se prétendre infaillible, tel est le message à retenir de ces sombres pages de notre histoire collective.

Personne ne peut s’en dire totalement prémuni car l’histoire nous apprend que les soubresauts de l’horreur sont souvent radicaux et inattendus et que sous le nom de révolution, la notion de Progrès peut vite passer à la trappe. Notre idéal républicain et les quelques textes fondateurs dont, nous français, pouvons nous enorgueillir constituent le meilleur rempart face à ce risque. On a tendance à les ranger dans un tiroir et à avancer sans, même dans le pays qui les ont vu naître.

Puissions-nous, jeunesse gâtée de l’occident chérir ces textes et la pensée de leurs fondateurs. Puissions-nous en transmettre l’essence à notre descendance afin que le malheur ne s’abatte ni sur nos enfants, ni sur ceux de nos voisins – conséquence d’un désintérêt pour autrui et pour la culture dont nous sommes les grands bénéficiaires.

En mémoire de tous ceux qui ont péri parce qu’ils ne croyaient pas cela possible.
Bienvenue à Tuol Sleng, patrimoine de notre histoire humaine.

Permettez-moi, avant de conclure, de vous inviter à en savoir plus sur le phénomène politique Khmer Rouge et sur ses conséquences pour ces 1,7 millions de cambodgiens. Lecteurs éveillés, veuillez cliquer ici.

One Response to “Petit détour par l’enfer Khmer.”

  1. Sovanna dit :

    J’y étais il y a 10j…J’avais beau avoir vu le film docu avant, j’avais quand même une boule dans la gorge pendant toute la visite…Et pas eu le courage d’aller jusqu’aux killings fields ensuite.

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