Road-trip en Asie

Le monde sous un regard (dé)bridé

Sapa, à la rencontre des H’Mongs

Le voyage pour Sapa commence par une longue route dont j’ai bien cru ne jamais voir le bout. 280Kms à travers la chaîne de montagnes Hoang Lien : chemins de terre battue lacérés par des pluies torrentielles, glissements de terrain et brouillard typique de ces régions, tout ou presque semble se liguer pour m’empêcher d’arriver à bon port avant la tombée de la nuit.

Kilomètre 140, le bitume disparaît subitement dans les eaux d’un lac aux eaux sombres. Il me faut quelques minutes pour comprendre qu’un barrage établi en aval a rempli la vallée de ce bouillon gris foncé. J’aperçois à quelques kilomètres un pont en cours de construction. L’édifice étant de toute évidence inachevé, je dois me résoudre, faute de mieux, à charger la moto sur un frêle esquif qui me permettra de traverser ces eaux en un petit quart d’heure. Opération délicate, la moto manque de faire basculer l’embarcation par deux fois, au moment du chargement puis à l’appontage.  Je ne prends pas le temps de négocier pas le prix de la traversée et me fait gentiment déposséder de 40,000 Dongs (deux fois le prix normal), un moindre mal que je prends avec philosophie.

Evoluant à une vitesse moyenne de 40km/h, je sens la température se rafraîchir à mesure que je grimpe vers la petite station climatique qui s’épanouit à 2,000 mètres d’altitude. Sans carte routière et sans phares, la marge de manœuvre est mince et la nécessité d’arriver avant la nuit : impérative. Le dernier tronçon, long de trente kilomètres, baigné dans une brume épaisse est l’un des terrains les plus difficiles qu’il m’ait fallu franchir. Les pelleteuses partout s’affairent pour dégager le bitume ou plutôt ce qu’il en reste. La bruine est constante et embue mes lunettes de soleil, seule protection contre la poussière soulevée par les engins de chantier. Les trous atteignent parfois plusieurs décimètres de profondeur et font trembler ma monture jusque dans ses tréfonds, mais la Minsk tient le coup et prouve son agilité sur ces terrains où d’autres auraient cassé plus d’une fois. Le Mont Fansipan, du haut de ses 3,300 mètres me nargue et accroît mon sentiment de petitesse et de fragilité : je suis une fourmi dans l’immensité des hauteurs asiatiques.

Dix-neuf heures, je pénètre enfin dans cette bourgade calme et bigarrée. Huit heures de route dans les pattes, les H’Mongs sont là, grands sourires et habits traditionnels. Un lac aux eaux limpides pose sous mes yeux fatigués et m’adresse un message de bienvenue : je peux enfin profiter de l’effort accompli.

Les journées sont courtes à Sapa et il y beaucoup à faire dans les environs, à commencer par relever le challenge posé par mon amie Alix : retrouver la petite Gia qu’elle a rencontré cinq ans auparavant dans cette même vallée. Je dispose pour cela d’un prénom et de quelques photos montrant une petite fille en habits traditionnels : la tâche s’avère ardue mais pas impossible. Après trois jours, néanmoins, mon enquête est au point mort. La jeune fille qui doit, à présent avoir dix-sept-dix-huit ans – un âge synonyme de mariage et d’enfantement pour les H’Mongs – pourrait très bien ne jamais sortir de son nouveau foyer. J’ai bien une certitude cependant : la petite ne se trouve pas à Sapa. Il faudra tenter sa chance dans les villages des environs…

Les minorités du Vietnam, ces « Montagnards » comme les français aimaient à les appeler, sont omniprésents dans la vallée et leurs villages traditionnels revigorés par la mode de l’éco-tourisme sont autant d’attraction dont je profiterai à plein.

Tan Van, Lau Chai et Cat Cat, des appellations exotiques qui ne déçoivent pas. Pourvus de traditions locales encore bien vivantes : ces villages sont un ravissement pour le touriste exigeant que je suis devenu. Le charme des homestays avec leurs lits posés à même le sol, le plaisir des tablées familiales, la fraîcheur des torrents vigoureux, je découvre une société aux moeurs quasi-virginales qui me fait prendre conscience des enjeux que représente cette nouvelle forme de tourisme, respectueuse des pratiques locales. Etonnants H’Mongs ! Eux qui ont survécu à la disparition des français, coup d’arrêt soudain pour leurs affaires dans les années 50, ont aussi su relever le défi imposé par la rigueur qui a sévi pendant cinquante ans, avant la nouvelle explosion du tourisme à la fin des années 90. L’argent rentre de nouveau dans les caisses de la communauté mais les habitudes perdurent, quasi inchangées, si ce n’est la chasse aux touristes qui s’opère désormais du matin au soir.

- « You want to buy from me? Where are you from? Vous êtes français? Bonjour, comment ça va?… »

Je redeviens pour un temps le Belge que j’étais en Inde et m’amuse des ruses employées pour me faire sortir les billets de ma poche ventrale. Ils sont forts ces H’Mongs, des vendeurs de choc !

Alors qu’il faut parfois une patience d’ange pour réussir à se faire servir un simple thé dans la capitale Hanoï, les populations locales autour de Sapa maîtrisent étonnamment les langues étrangères. Le Vietnamien, l’Anglais, le Français ou le Chinois sont autant d’idiomes avec lesquelles il est possible de se faire comprendre. Eux qui pourtant continuent d’utiliser un dialecte ancestral pour la vie de tous les jours sont de redoutables communiquants. Je me plais à imaginer nos paysans Auvergnats répondant aux visiteurs étrangers en Allemand, en Anglais en Espagnol ou en Italien… Décalage surréaliste !

Parmi une foule d’autres souvenirs, je quitterai ces contrées, avec en mémoire un après-midi passé dans une hutte en lisière de forêts dans le petit village de Tan Van. Jeu du photographe et du modèle, où les enfants des environs passent tour à tour sous mon objectif pour une série de portraits, attirant dans leur sillage quelques ainés aux traits finement burinés.

Tan Van portraits

Pur moment de partage et d’innocence, rapports simples entre un pèlerin et ses hôtes, je suis encore habité par ces sourires aux dents blanches et le son des éclats de rire, vierges des tracas de la vie.

Si vous voyagez dans la région, ne manquez pas de goûter aux délices des barbecues de la région : riz collant cuit dans des tiges de bambous et brochettes de boeuf mariné. N’hésitez pas non plus à vous baigner dans les eaux vives de Cat Cat en faisant attention toutefois à ne pas être aspiré par le tourment de ses flots puissants. Il est préférable de se mettre à l’eau en présence de locaux qui sauront vous indiquer les bassins sûrs et ceux dont il faut absolument éviter les siphons irrésistibles. Nul doute que s’ils vous voient ainsi faire preuve de témérité, ceux qui partageront cette baignade à vos côtés s’empresseront de vous inviter à leur table sitôt sorti(e) du bain. Une nouvelle occasion d’échanger et d’apprendre auprès de ces gens évoluant au rythme de la généreuse nature qui les entoure.

Sapa, un petit promontoire de vie dont les français occupants mais aussi instigateurs n’ont pas à rougir. Un subtil équilibre entre tradition et modernité si rare par ailleurs…

Ah, et j’allais oublier la petite Gia ! L’ai-je trouvé? La réponse est oui. Elle est toujours dans la région, mariée et pleine de vie dans son village de Lau Chai. Comme quoi, rien ne résiste à l’homme qui avance avec passion… Alix merci pour cette requête qui m’a amené à explorer la région en profondeur. Bliss, bliss moments !

Gia Hmong girl in Sapa

Ancienne vie, à Sapa, tu ne me manques pas ! Allégeance, encore et toujours à ce quotidien de bohème et aux joies du voyage. Pour le reste, je laisserai les photos parler…

Pensées à tous mes proches restés en France, parents, frère et soeur, je vous aime !

3 Responses to “Sapa, à la rencontre des H’Mongs”

  1. mjo dit :

    Merci mon Did pour ces moments d’émotions …… Vroum……vroum…….. Mjo

  2. annab dit :

    Bravo pour ton enquête!et ce périple!on pense à toi au milieu de nos volcans! grosses bises!

  3. Lixou dit :

    Merci mon didou!!!! je suis tellement contente de pouvoir lire tout ça!

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