Road-trip en Asie

Le monde sous un regard (dé)bridé
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D’un seul coup d’oeil







Kratie, soif étanchée à l’ordinaire

A faible vitesse, le grand parcours se fait dans un Cambodge du nord,

Bandeau autour de la tête et sac Kerrymore attaché au porte-bagage.

Autour de moi, des terres brûlées et des enfants qui me saluent sur mon passage,

Je me sens adulé comme jamais, motard repeint à la feuille d’or.

Le Mékong reflète les dernières bouffées du jour,

Deux mille kilomètres que rien ne change,

L’impétueux garde son visage d’ange,

Je suis toujours charmé par ses reflets velours.

Dans les rues de Kratie, petites et odorantes, l’humeur se fait Indienne.

Le marché de jour s’éteint et les étales se couvrent paisiblement,

Au centre de méditation on ne pense à rien sous des auvents.

Buddha est là qui veille et la colline de Tuol Svay la nuit tombant se fait mienne…

Portraits de bonzes : grands sourires et lueurs oranges,

Beautés veillies et burinées,

Familles emplissant la rue, unies et apaisées,

L’humanité est belle sans la modernité qui la démange.

La solitude est grande mais cette vie goûtue est sublime.

Fier comme un pape, peigné comme un routard,

Je fais route vers l’inconnu sans fard et sans miroir,

Soif étanchée à l’ordinaire, je ne connais plus le mot déprime !

A proper photographic good-bye with Laos

Before leaving Laos, I thought a last glimpse at some of the most beautiful lanscapes I’ve had the chance to admire was worth the upload. If you can afford the time, go to Laos, visit the country as a decent traveller and if you like Mother Earth’s natural wonders, you will not regret it !

So here is for you, from North to South…
(click on the pictures to enlarge if you feel like)


The heights of Houay Xi

Ban Tafa Rice Paddies

A sea of clouds over the Bokeo jungle

Storm on Huay Xai's Mekong

Quiet Mekong waters by Luang Prabang

Mekong view from the top of Lung Prabang's hill

Sunbathing rice paddies around Pha Tang

Karstic shapes around Vang Vieng

Sunset over Vang Vieng

Tree of life bathing near Konglor

Dramatic mountains on the way to Lac Sao

Epic mountain view by Khoun Ngeun

Diner time on the Tha Kaek Mekong bank

Neighboring Thailand by night

Water effusion on the Bolavene Plateau

Tat Fan spring waters

Mekong in fury near Don Det Island

NB : and if you really enjoy this all, you can still pay a visit at my photo portfolio of Laos by clicking right here

& by the way, thanks for the visit !

Vœu du voyageur encore dans la vingtaine

Je veux voir le monde tel qu’il est,
Loin des rumeurs,
Avec sagesse et honnêteté.

Je veux le voir et l’accepter,
Dans toute sa splendeur,
Et dans ce qu’il a de plus laid.

Je veux toucher, je veux sentir,
Ce qui est cousu d’or et peint au sang,
Pour dire qui du divin ou qui du mécréant,
M’impose ainsi le repentir.

Esprit vivant, né être humain,
Doté d’intelligence et d’une conscience,
Je ne désespère pas, à force d’y chercher un sens,
De pouvoir dire un jour : avec ce monde, je ne fais qu’un !

Faire de la vérité l’autorité,
Et non l’inverse, police de la pensée.
Au terme de l’aventure je veux pouvoir affirmer,
Je suis un homme, je suis le monde et  je me suis trouvé !


My World out of the Coca-Cola sphere, here is my 29th birthday wish !

4,000 îles, un seul Mékong

Bientôt un mois que je poursuis religieusement les courbes du Mékong. Sur son lit de Huay Xai à Luang Prabang, lors de son crochet par l’est aux alentours de Vientiane ou bien le long de ses interminables fuites vers le sud le reste du temps, j’ai vu le fleuve poursuivre sa course tumultueuse vers la sortie dans un flot puissant et indomptable. Un courant qui fait forte impression à qui le contemple pour la première fois.

Les 4,000 îles en guise de dernière étape, le fleuve poursuit sa route vers la Mer de Chine via le Cambodge tout proche. Mais avant de quitter le pays, au milieu des quatre mille obstacles rocheux, la “Mère des Rivières” se retrouve compressée et gagne encore en puissance.

Le murmure devient grondement et l’avertissement est clair : quiconque tombe dans ses eaux devra sublimer ses talents de nageur. Le fleuve est alors tellement excité à l’idée d’atteindre le moment de sa libération qu’il plonge littéralement son destin dans le vide, quinze mètres de chute pour un débit infernal. Au sud de la dernière île, la quiétude refait surface. Les dauphins Irradawys pointent le bout de leur museau arrondi. Pour le Mékong aussi, l’aventure Laosienne a parfois été une épreuve et la sortie vers le Cambodge se fait dans le calme, à l’ombre des cocotiers qui s’épanchent sur son lit pour mieux contempler leur panache.

Les quatre-vingts kilomètres au départ de Paksé se déroulent dans un calme Olympien. A partir de ce point, la route n’offre plus que l’option Cambodgienne en issue. Les carrefours menant vers le Vietnam ou la Thaïlande appartiennent au passé. Le trafic s’allège au point de devenir inexistant. C’est à peine si je croise un véhicule tous les quarts d’heure.

Un chien sauvage traverse la route dans un silence de mort, un troupeau de buffles continue insensiblement sa marche le long des champs de Lotus.

Le Laos se montre généreux et m’offre une dernière bouffée de son opium. Un shoot par le vide qui me laisse la sensation, non pas de rouler mais de glisser vers ma dernière escale dans le pays. Après quatre-dix minutes le bitume termine sa course dans les flots marrons du fleuve, j’ai sous les yeux deux barques motorisées prêtes à appareiller. Il m’en coûtera quelques riels pour la traversée.

Trois îles offrent des solutions d’hébergement. Don Kong la plus grande est aussi la plus calme. Son activité est essentiellement agricole. Son espace touristique se résume à une paisible rue le long du fleuve d’où de larges terrasses sur pilotis contemplent, tournées vers l’Est, les rives du Laos continental. Un vieux bureau de poste, une maison coloniale et un embarcadère : le lieu est propice à une journée de repos que je ne m’offrirai pas car mon visa expire dans quatre jours.

Je rencontre en fin de journée un groupe de créatifs espagnols en vadrouille à travers l’Asie. Trois photographes, une illustratrice et un graphiste, deux barcelonais, deux madrilènes et une valenciane : un petit bout d’Europe sur lequel je fixerai les amarres pour la soirée. Le courant passe à merveille. L’occasion de tirer quelques portraits, dérouiller un espagnol qui manque de pratique et d’échanger quelques mots sur un sujet tout trouvé : la photographie.

Je peux goûter aux joies d’un objectif grand angle que je monte sur mon boîtier plus excité qu’un gamin. Pour quelqu’un qui prend tous ses clichés au 50mm depuis cinq mois, ça fait l’effet d’un choc. Tant de nouvelles possibilités encore inexplorées…

Ca fait du bien de croiser la route d’autres occidentaux à ce stade du voyage. Surtout des Européens, surtout des latins, et surtout dans cette partie du monde où l’on ne débarque pas si la seule chose qui nous pousse à aller en Asie, ce sont les attractions sensationnelles, le shopping, le sexe et la drogue. Il existe en effet des endroits où il est plus facile d’apprécier la compagnie des autres. C’est le cas sur ce petit bout de terre isolé et stone où notre seule préoccupation du soir, c’est de trouver un restaurant qui nous laisse cuisiner la Paëlla.

Après un premier refus, nos deux chefs trouvent une cuisine ouverte à leur proposition de barbus. Les révolutionnaires sont aux fourneaux et le résultat est à la hauteur du délicieux vin ramené deux mois plus tôt de France par Marie. Une bouteille que je sors de sa sieste enturbannée pour l’occasion. Ainsi coule notre vie sur l’île de Don Kong. Comme une gorgée de bon vin français après des mois de bières plus ou moins fraîches. La douceur et la volupté baignent cette nuit qui accueille nos fou-rires. Nous nous éteignons en même temps que les lumières sur l’île. Il n’est que 22h.

Sept heures du matin, l’hôtelier frappe à ma porte. J’arrime mon sac sur le porte-bagage et commande un café avant de rejoindre le bac à quelques encablures. Trente kilomètres sous le soleil, un nouveau crochet par la nationale 13 et je tombe sur l’embarcadère qui me conduira cette fois-ci jusqu’à Don Det.

La traversée de vingt minutes contre le courant coûte $2. Quand je débarque, il est près de onze heures et le soleil clame toute son insolente puissance.

Changement d’ambiance dès mon arrivée sur l’île, les Sarwels sortent de leurs bungalows. Je n’en avais croisé aucun depuis Vang Vieng. Un signe symptomatique du succès des lieux. Ici les touristes sont plus nombreux et ils prennent leurs aises. L’atmosphère est néanmoins très paisible. Quelques néons pour les promeneurs du soir, des notes de reggae qui se perdent dans le vent et des hamacs qui pendent lascivement au dessus des planchers de bois sombre. “Chill” tel est le mot d’ordre…

Malgré des charmes certains, je ne m’attarde pas sur Don Det et file sans attendre vers Don Khone, l’île la plus au sud. C’est un vieux pont Français qui les relie. A l’origine, on y déploya une étroite voie ferrée qui permettait à une petite locomotive de faire des aller-retours dans ce minuscule ensemble. Il n’y a plus aujourd’hui que quelques tuk-tuks, des vélos et quelques motocyclettes pour déranger dans son sommeil cette “belle à vapeur” qui repose devant l’un des derniers bâtiments de son temps.

Les orages rythment les journées dans ce petit coin reculé. Un lieu idéal pour s’abandonner à une sieste forcée. Un lieu qu’il convient de de visiter à deux !

Trois petits jours s’écouleront : jus de noix de coco,  sur deux roues, un livre entre les mains, confortablement enfoncé dans un hamac à écouter la pluie. Un petit paradis en guise de porte de sortie et un vingt sur vingt pour le finish.

Les 4,000 îles, c’est pas les Maldives mais c’est autrement bien. Demain je laisserai derrière moi ce Laos qui m’a accueilli pendant cinq semaines. Riche de cette expérience, le poil dru et le cheveu long, j’ai rendez-vous avec le peuple Khmer.

Tha Khaek soleil couchant !

Dix-sept heures trente, six heures de route dans les pattes, je pénètre dans ce qui sera ma première étape sudiste du pays.

Plutôt bourg que ville, les guides présentent Tha Khaek comme le Vientiane des années 90. Un centre-ville imprégné de la présence française de la première moitié du siècle dernier, proposant une symbiose élégante entre les styles architecturaux coloniaux et chinois. Des habitants tout sourire envers les touristes, il y a peu de fa rangs par ici. Et pour cause, trois-cents kilomètres la séparent de la capitale. Le prochain aéroport de taille se situe à Pakse quelques quatre-cents kilomètres au sud. Tha Khaek est pour moi l’ancre névralgique et culturelle de ce no-man’s land qu’est le Laos du Centre, un trou perdu au milieu du continent Asiatique…

Le Mékong longe les ruelles arbolées de Tha Khaek par l’Ouest de la ville. Sur l’autre rive, la Thaïlande : l’ennemi juré ! Cet ennemi qui a construit un temple à l’identique du fameux Wat Nanthakham juste en face, comme un affront à l’histoire. Le conflit larvé qui prédomine dans l’esprit de certains habitants porte sur une guerre quasi-séculaire entre les anciens royaumes du peuple Lao et l’empire de Siam (anciennement la Thaïlande). Il a d’ailleurs fallu attendre l’arrivée de l’armée française, fraîchement auréolée de ses conquêtes d’Annam et du Tonkin (le Vietnam d’aujourd’hui) pour bouter les Thaïs derrière le Mékong. C’est l’incorporation du territoire Lao dans l’Indochine française qui a restitué un pays “au million d’éléphants”, une nation. Vientiane a même désignée comme la capitale administrative du nouvel ensemble. Une facette de la colonisation sur laquelle insistent peu nos manuels d’histoire et où il est à noter, que l’indépendance fut rendue aux Laosiens en 1953, sans qu’aucune lutte armée n’en ait eu à en précéder le cours. Un mouvement nationaliste répondant au nom de Lao Issara a bien vu le jour pendant la seconde guerre mondiale en prévention du retour du contingent, mais ils n’ont même pas eu le temps de passer à l’action. L’enlisement français dans un Vietnam nord sans pitié avait suffi à leur garantir une souveraineté tranquille.

Enfin tranquille…

Quand on arrive dans une nouvelle ville, on a pour premier réflèxe de trouver une guest-house où poser ses valises et éventuellement prendre la douche qui va bien. On ne s’en rend plus trop compte après quelques temps, mais au mois d’Août, on enregistre sous ces latitudes des températures flirtant avec les 40°C. A moto, le vent fait oublier la lourdeur ambiante, on a l’impression de flotter dans le paysage – au milieu de rizières imbibées de reflets, quand on s’arrête en revanche, le coup de massue ne tarde pas.

Il pleut relativement peu ici comparé à ce que j’ai connu dans le Nord du pays. L’arrivée dans la ville se fait sans encombres, après 130 kilomètres très tranquilles.

Après avoir fait le tour des logements dans les environs, je décide de m’offrir une chambre dans l’unique maison coloniale de la ville réhabilitée en hôtel. Huit chambres, quatre mètres sous-plafond, un vieux zinc dans l’entrée, des baies vitrées de deux mètres de large, des moulures finement ciselées… Eten lieu et place de la traditionnelle et hideuse télévision : un poste radio dont émane de la musique classique. Cela change du traditionnel cube en béton peint, dans lequel le backpacker a ses habitudes.

Dans le couloir désservant les chambres, trônent fièrement les portraits des aïeux comme une réminiscence de temps anciens. J’apprends un peu par hasard que la maison appartient à la descendance d’une branche de cette ancienne famille régnante trônant si fièrement  sur la tapisserie. Je ne maîtrise pas trop l’arbre généalogique des personnes susnommées, je comprends simplement qu’ils vivent dans ce qu’ils jugent être une destitution de leur grandeur passée.

Au moment de dégager mon sac du porte-bagage de la moto, sur le parking de la “Mansion”, j’entends un “hey” lancé dans ma direction, très vite suivi d’un “where do you come from man?” qui éloigne efficacement la perspective d’une douche fraîche. L’accent est parfait, l’intonation américaine plutôt West-Coast, la tête elle : Laosienne. Ce type qui m’aborde n’est autre que le neuveu de la gérante.

Vingt-sept ans, bon style, bonne gueule, il me raconte qu’il est né aux Etats-Unis après qu’une partie de sa famille (son père et son oncle) ait fui en Amérique dans les années 1970, au moment même où retentissaient des conflits politiques puis armés opposant les Pathet Lao (à tendance communiste) et l’Armée du Laos . Soutenue par les USA non officiellement présents dans ce pays, l’armée royale ne parvient pas à prendre le dessus sur la rébellion maoïste. Une longue période de trouble commence dans l’anonymat de la communauté internationale et se conclut en 1973 par le retrait des troupes US et la scission du pays en deux régions (comme au Vietnam et en Corée). Les communistes ne tardent pas à conquérir la moitié sud du pays et à établir la République Démocratique du Laos, suivant la voie tracé par son voisin Viet Minh : parti unique, drapeau rouge. C’est la fin des grandes familles d’antan, une page du pays se tourne.

Son futur? John l’envisage pourtant aujourd’hui au pays, près de sa mère et de sa tante, la seule restée quand les autres ont fui. L’heure des lustres anciens n’a pas encore sonné, mais comme dans les républiques maoïstes voisines, le pouvoir s’accommode assez bien de l’économie de marché. A force de travail et grâce, aussi, à un bon mariage, cette femme s’est constituée une véritable petit empire. Usine de confections, magasins dans la capitale, plusieurs guest-houses, des terres arables, elle est l’incarnation de cette ancienne  noblesse qui se reconstitue en adoptant les nouvelles règles en vigueur. Et ça marche ! Leur ascension, ils la connaîtront maintenant par l’économie. Les exilés rentrent petit à petit au pays, couvés par la soeur désormais riche en dollars.

Il est étrange de parler de tout ça avec ce type à l’accent Californien. Toutes aussi étranges sont ces nouvelles images du passé qui viennent écorner cette vision idyllique, établie au fil des kilomètres et des rencontres, d’un pays aux moeurs exceptionnelles.

Tout à coup, je remets les pieds sur terre. Je me rappelle qu’ici comme partout, il y a des luttes d’influence pour le pouvoir. J’ouvre les yeux sur cette nouvelle facette controversée du pays qui concentre, dans la région, des intérêts supposés de premier ordre. Période d’élections – personne n’a vraiment su m’expliquer quelles élections se tenaient là – j’aperçois maintenant tous ces mini-flics qui siègent aux coins de certaines rues et bloquent l’accès à d’autres, sans raison apparente. C’est vrai qu’ils sont marrants ces policiers Laosiens. Dans leurs petites combinaisons beige, ils paradent près de leurs mini-motos. Des mini-motos qui, à grand renfort de carénages de protection, caissons astucieux et gyrophare proéminent ressembleraient presque celles de la célèbre série Chips. Le Poncherello du coin serait donc un mini-Chips ! Marrant, et un tantinet corrompu, j’ai néanmoins appris à m’en méfier. Depuis Luang Prabang et le cinquante mille kips lâchées pour me libérer des mains d’un de ces fieffés agents qui m’avait arrêté pour non port de casque… Dans un pays où les policiers eux-même ne portent pas de casque… Une bonne leçon pour une maigre rançon (5000 kips = 5€).

J’avais pourtant mille fois lu cette maxime dans les récits de voyageurs et de grands diplomates. Une citation qui n’avait pas encore été suffisamment démontrée pour que je la fasse mienne : “L’homme est le même partout, l’avidité dont il fait preuve est son principal dénominateur commun”. A présent, c’est bon, j’en suis convaincu, puisque je l’observe même dans le plus paisible pays du monde.

Je passerai les deux jours suivants à savourer le bon air du fleuve, à découvrir d’un peu plus près cette autre société Laosienne et à me délecter de ces barbecues dont les potées au poisson sont à tomber. Assis à même le sol de la place principale, contemplant la vie autour, j’entends la rumeur des riverains bercée par des airs de Karaoké vide émanant de la ruelle voisine.

Tha Khaek offre assurément une belle escale pour le voyageur en 2010. Impossible de se lasser du spectacle offert par un coucher de soleil sur le Mékong, quand les rayons rouge-orangés inondent cette atmosphère pleine de secrets et réverbèrent sur les visages, les traits cachés de l’hôte, le temps d’une fraction de seconde.

Rien que pour ça, Tha Khaek vaut qu’on s’y arrête. Avant Paksé, avant les étonnantes 4,000 îles et le non moins enchanteur Plateau de Bolavène, au revoir Laos du Centre !

“Oh-My Earth” – la 8è route Laosienne

En quittant la capitale Vientiane, c’est la fameuse route n°13 que je retrouve. Celle que les locaux surnomment affectueusement “the highway” est aux dimensions du pays : deux voies seulement, pour une longueur de huit cents kilomètres. Au bout du chemin : les 4,000 îles, puis la frontière.

D’un point de vue de motard, ce n’est pas la meilleure partie du trajet qui m’attend. Le tracé qui s’étale devant moi est quasiment rectiligne et l’asphalte s’étend à perte de vue. A faible vitesse, ça peut être décourageant.

Mais ce Laos du sud, c’est surtout une merveille géologique et donc touristique. Peu ont le temps de s’y attarder. J’aurai la chance de faire partie des “happy few” à voir le vrai visage du pays, composé encore aujourd’hui à 75% de ruraux, dont nombre d’entre eux sont issus des minorités, comme les H’Mongs que j’avais déjà approché près de Sapa.

Passés Paksan et Pak Kading, deux villes sans réel intérêt touristique, l’itinéraire poursuit sa filature du Mékong et plonge alors vers le sud, cap fixé sur le Cambodge. Cent quatre-vingts kilomètres de parcours, j’arrive dans le petit bourg de Lak Lao, un village aussi peu enthousiasmant que ses prédecesseurs. Les portions de route qui traversent la ville sont recouvertes d’une fine couche de terre que les poids-lourds soulèvent, plongeant les échoppes attenantes dans un brouillard qui ne donne pas envie de s’attarder. Je vais néanmoins parcourir ces quelques kilomètres au pas car je ne veux pas manquer l’embranchement pour la route n°8 qui, selon mon maigre plan, doit prendre sa source non loin de là.

La route n°8, c’est un ticket pour quelques uns des plus beaux points de vue du pays. Chemin de traverse venant compléter le quadrillage du réseau routier sud-asiatique, ce tracé plein Est, sillonne à travers le Bolikhamsai et vient s’échouer aux pieds du voisin Vietnamien. Un itinéraire de routiers, peu de backpackers !

La Konglor Cave tout d’abord, un ensemble lacustre sous-terrain, au coeur de la paroi montagneuse et que traverse la tumultueuse rivière Nam Kading. Pour y accéder, il faut traverser ce qui ressemble au coeur d’une Catéra (ces cratères géants formés par la fusion de plusieurs volcans dont les parois s’effondrent jusqu’à former de gigantesques cirques).

Quarante kilomètres dans cet entonnoir sont nécessaires pour rallier Konglor, ce qui donne une petite idée des dimensions de l’ensemble. Konglor, le village du même nom annonce le bout de l’impasse, aux pieds du dernier rideau de roche. Aucun engin motorisé n’ira plus loins, à moins d’être flottant. Autant dire que les environs baignent dans ‘un océan de tranquilité : bêtes qui paissent en liberté, enfants qui batifolent nus dans les cours d’eaux…

La grotte est un spectacle en soi. La galerie principale que l’on parcourt en bateau est longue de huit kilomètres, soit au moins trente minutes de navigation avant de déboucher de l’autre côté du massif. La voûte, qui peut atteindre soixante mètres de hauteur au coeur même de la roche remet sérieusement en perspective la grandeur de nos cathédrales. Il est malheureusement difficile de ramener quelque photo satisfaisante de cette aventure même si les ensembles géologiques qui ornent le parcours profitent depuis 2008 d’un éclairage ponctuel, oeuvre de l’ONG française “Electricité sans Frontières”.

Non loin de là, le point de vue de Ban Lava offre un panorama époustouflant sur l’incroyable Hill Bun Valley : une terre abondamment irriguée où les rizières se heurtent à ces massives barrières rocheuses. Des orgues géants érigés vers le ciel par milliers qui, côté sud, sud-ouest se concentrent jusqu’à former un véritable champ d’aiguilles. Du haut de ce promontoir, la terre qui se répand sous les yeux ressemble à ce que l’on qualifierait bien volontiers de surface extraterrestre. Avec la lumière du soir la sensation de bout du monde, est renforcée.

L’aventure prend fin peu après la ville de Lac Sao, à moins d’une demi-heure du Vietnam. Dans cette ville-carrefour aux parfums d’huile moteur et aux relans de Whisk local, support des usines, installations hydrauliques et autres scieries des environs, la route qui rejoint le Mékong devient chemin. Le gris de l’asphalte laisse sa place au marron-rouge caractéristique des terres de cette région. Une nouvelle teinte qui annonce des heures de route difficiles.

Comme au nord Vietnam, mais en pire : les ornières deviennent des crevasses, les flaques gagnent en volume jusqu’à former de mini-étangs au beau milieu de la route. J’ai de l’eau jusqu’à mi-selle quand je réalise qu’après une grosse heure d’effort, je n’ai parcouru que onze kilomètres sur ce nouveau terrain.

Résigné et plein de gratitude envers la Minsk qui répond encore malgré un parcours des plus chaotiques, je décide de revenir sur mes empreintes pour mieux rallier Takek, ma prochaine destination. Quatre-vingt dix kilomètres en sens inverse et une route numéro huit toujours aussi plaisante.

Un spectacle en soi, dont la représentation s’achève à l’endroit même où elle avait commencé : sur la treizième route, au beau milieu de Lac Lao.

Paris sur l’avenir dans Vientiane « la dénigrée »

Il n’y a, dans les rues de Ventiane aucun charme apparent. Oublier le tape-à-l’oeil, ne pas chercher l’exubérant ni l’accessoire… A Ventiane, tout est fonctionnel, pratique !

Dans l’ancienne capitale de l’Indochine française, le touriste ne s’attarde pas. Il ne fait que transiter.

Un pastiche de l’arc-de-triomphe par-ci, un vieux stupa défiguré par-là, un monastère royal en réfection et des temples à la pelle… Les quelques empreintes de la présence française, c’est à la bibliothèque qu’il faut les chercher. Le reste n’est que maisons en ruines et châteaux de sable.

L’ambassade américaine, traditionnellement gardée par son homme en arme empêche quiconque de prendre des photos dans les environs. La française, vit derrière son enceinte de quatre mètres de haut derrière laquelle gît, jalousement protégé, tout un ancien quartier de la belle époque. Ce n’est pas un bâtiment, c’est un village, magnifiquement conservé, que l’on devine. Le passant peut en contempler les toitures et quelques rares fenêtres cachées derrière des persiennes fraîchement recouvertes d’un bleu roi.

Celui qui s’aventure vingt-cinq kilomètres au sud découvre avec étonnement le Buddha Park. Un univers déjanté, fruit de l’exubérance de Sulilat, un artiste dont le travail n’est pas sans rappeler l’oeuvre de Chande : le  Magic Rock Garden de Chandigarh, en Inde. Des sculptures de pierre par centaines qui catapultent le curieux dans une Odyssée en trois dimensions. L’oeuvre majeure? Un colosse allongé d’une trentaine de mètres de long, languissant devant sa cour de créatures fantastiques…

A Ventiane, la beauté se cache, timide. Il faut la dénicher ou plutôt la deviner. Car il n’y a pas si longtemps, cette ville n’avait rien à voir avec ce qu’elle est aujourd’hui. J’arrive trop tard, ou trop tôt, quoiqu’il en soit, la mutation est déjà en train d’opérer.

Coupée du reste du monde, loin de toute mer, elle fut longtemps absente des cartes postales, dans l’ombre de Bangkok, Saïgon ou bien Angkor, ses rivales. Mais depuis que le train la relie à la capitale Thaï en quelques heures, depuis l’avènement de Vang Vieng “le syphon à jeunesse“, depuis que le Mékong a retrouvé ses lettres de noblesse aux yeux de l’occidental en mal d’aventure, Ventiane reprend des couleurs. Et l’intérêt de cette pestiférée, en 2010, il ne faut pas le dénigrer mais bien au contraire l’anticiper.

Pour s’en convaincre, il suffit de se promener le long de ses rives. Ici, un amas de terre fumant trône encore sur toute sa longueur, soit plusieurs kilomètres, et les pelleteuses sont en approche. Certaines portions sont déjà aplanies…

Un hôtel flambant neuf “made in China” de quinze étages y a posé ses fondations. Un KFC enfin, là c’est sûr : fin de l’autarcie !

Ventiane est une ville d’avenir et son potentiel est immense. De trou oublié, son statut passera prochainement à celui de carrefour majeur pour tous les tourismes. Dans un Laos en pleine composition de son eco-partition, adossée à ce que la Thaïlande a encore de plus mystérieux (sa frontière orientale), jonglant entre une moitié sud regorgeant d’ethnies et d’ensembles géologiques enthousiasmants et une moitié nord dont l’intérêt culturel n’est plus à démontrer (grâce à Luang Prabang notamment), ouvrant enfin sur un Vietnam Nord rafraîchi, et une Chine bientôt prête à accueillir le visiteur… Il ne lui reste qu’un défi à relever : étoffer son offre. Et pour ça, il y a la mondialisation !

La drogue? Vous la trouvez, mais pour le moment, Ventiane fait figure d’amateur comparée à Bangkok ou Pnom Penh.

Le jeu? C’est un pari envisageable pour ce paradis du promoteur. Tôt ou tard il faudra bien un Las Vegas dans la région, et je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas Ventiane qui raflerait la mise.

La prostitution enfin, commence déjà à y poser ses marques. Ladyboys, macs, ou encore masseuses déshabilleuses, on trouve tout ça dans le Ventiane d’aujourd’hui, et ce n’est que le début !

Attendez dix ans et vous verrez alors des statuts Facebook annoncer avec enthousiasme un départ imminent pour ce nouvel Eldorado…

A trop observer toute cette société en évolution, j’en oublierais presque mon parcours personnel dans cette ville et cette soirée ou par deux fois, mon numéro est sorti du chapeau. Coups du sort surréalistes, une chance sur trois cents multipliée par une autre chance sur trois cents… J’avais en réalité une chance sur quatre-vingt-dix mille de gagner, attention, deux parapluies, lors de cette soirée officielle organisée par Beerlao, la marque de bière numéro un dans le pays. Trois mois que je n’avais pas vu l’ombre d’un Dance Floor, il faut croire que je manquais à la Nuit.

J’en oublierais presque également le ciment qui a pris, le temps d’un week-end entre les dix jeunes européens dont je faisais partie. Les soirées arrosées sur le seul rooftop de la ville, les parties de billard contre les transexuels et les strikes au Centre National de Bowling du Laos : ce qu’on peut appeler un dépaysement !

J’en oublierais aussi cet épisode facheux au ministère de l’immigration où une employée peu scrupuleuse a bien tenté de m’escroquer quand je faisais rallonger mon visa pour sept jours supplémentaires dans le pays.

J’en oublierais enfin cette amère expérience avec “Fon”, cette jolie laosienne qui ne m’a demandé aucun dollar en échange de ses attentions. Une nuit, cette fameuse nuit où tous les bons numéros sortaient en ma faveur : deux ombrelles pour un bref coup de soleil. Malheureusement, quand ce n’est pas une question d’argent, c’est pire. Je crois que j’aurais préféré débourser quarante dollars plutôt que de voir ces yeux embrumés au moment de reprendre la route. Regtrettable, certes, mais pour le moment, hors de question de renoncer à ma liberté.

Que d’inattendu donc, pour une ville que tout le monde m’avait décrit comme un trou à rien… Un vaste chantier tout comme ma vie. Dans les deux cas, je n’ai qu’une hâte : savoir ce qui ressortira de tout ça !

Vang Vieng ou l’enfer des Farangs

Quelles sont les motivations à extraire si religieusement du contenu d’un voyage? D’où vient ce besoin de communiquer? Ma conclusion, c’est que le but d’un carnet de voyage, c’est précisément de donner envie. Que ce soit a posteriori ou en direct, quand on se livre aux autres, avec une touche personnelle, on ne cherche pas à prouver quoique ce soit au monde, ni même à être jalousé (par pitié…). Non, le but c’est de collecter des souvenirs, tout en incitant chacun à écrire sa propre histoire (de découverte du monde).

Dis plus simplement : l’idée, c’est d’aider à ce que l’histoire s’écrive, d’aider à ce que se produise le déclic, car au commencement, déclic il y a !

Tant de personnes avouent rêver d’entreprendre un grand voyage sans jamais le tenter… Se peut-il que ce soit ces mêmes personnes qui font les beaux jours de la télévision? Fantasmant une autre vie, dans autre monde?

Question d’obligations pour certains, questions de timing pour d’autres, il y a toujours une bonne raison… Et ce n’est jamais une question de courage ! Sans voir dans les extrêmes, je constate via les rencontres que je fais en cours de route, qu’il n’y a pas de date de péremption pour une telle aventure. Il n’y a pas de mauvais moment, ni de mauvais contexte non plus. Il n’y a que l’envie profonde de dépasser le risque apparent qui se pose devant soi comme un mur et puis un jour le déclic ! Il se produit, je l’imagine, de mille façons. Il est souvent le fruit d’une conjonction de facteurs (pure spéculation).

Aider ce déclic à se produire, c’est une mission qui incombre à quiconque parvient à franchir le cap de la de la première porte d’embarquement, sans retour prévu avant de longs mois. Parce que les Vietnamiens, les Laosiens ou les Indiens tout à coup ne sont plus des mots, ni des bribes d’actus. Ils deviennent des expériences, des souvenirs, des êtres humains que l’on a approché. Ils font alors partie de nous. Ils sont comme les autres, ils sont comme “je”, ils sont comme “tu”.

Il est certain que le monde se porterait mieux si chacun avait la chance d’en toucher du doigt la splendeur et la diversité.

Je suis à présent convaincu que c’est dans la migration que le sacré prend sa source, lorsqu’un sujet s’éloigne des dogmes qui l’ont vu naître. Qu’ils soient ascètes, pèlerins, libérateurs ou bergers, tous ont migré, tous ont voyagé.

Les saveurs, les souvenirs, les fou-rires et les peines… Comme dans une caisse de résonance, les couloirs du voyage restituent en échos tous les sentiments humains, jusqu’à l’étourdissement. Extraite du système, la petite voix intérieure retrouve de ses couleurs et les perceptions changent. Sommes-nous meilleurs? Ce n’est pas sûr. Mais nous sommes différents, ça oui, car nous avons pris le large avec nos convictions. Nous nous sommes affranchis des conventions. Plate et assurée, notre vision du monde s’est craquelée au fil des kilomètres et a pris du relief !

Pour le gain financier, mieux vaut chercher une autre voix, bien que ce ne soit pas incompatible. Il en résulte simplement que la recherche de profit est rarement un objectif avoué chez les grands voyageurs.

Le truc, c’est qu’il faut se donner la peine de sortir du système pour se donner une chance de voir le monde dans toute sa diversité. Lieu commun, certes : il ne suffit pas de s’envoler à des milliers de kilomètres, de quitter père, mère et enfants pour saisir ce qu’il vous offre de bonne grace, ce monde.

Il existe des formes de tourisme qui ne permettent pas de cueillir cette fleur nouvelle, d’approcher cette autre dimension. Il existe des lieux où tout est fait pour que vous vous sentiez comme à la maison, de retour parmi vos certitudes d’occidental…

Sans doute à cause de mon regard critique surdéveloppé, sans doute à cause des empreintes qu’ont laissé sur moi ces premiers mois de voyage loin de tout, je ne sais pas profiter de ces endroits. J’y suis assez mal à l’aise.

Au Laos, la Banana Pancake Road – cet index de lieux de débauche pour touristes juvéniles en mal de sensations fortes – ne passe qu’en un lieu, qui porte le nom de Vang Vieng. Petite bourgade construite le long du Mékong, sur la route de Ventiane, en venant de Luang Prabang, Vang Vieng Nouvelle s’est révélée il y a trois ans à peine. Tel un champignon maléfique sorti de l’enfer, elle pérennise depuis et se répand comme la gangrène. Ironie du sort, c’est parceque Vang Vieng baigne dans une vallée enchanteresse et luxuriante qu’elle est devenue le monstre d’aujourd’hui. Sa réputation l’a dépassée. Les contours dramatiques des ensemble karstiques qui renferment l’écrin dans lequel elle baigne, c’est à peine si on les remarque.

A cause de tout cela, je crains dans cet article de ne pas être mesure de relever le défi de vous faire envie. De Vang Vieng, malheureusement je retiens surtout mon sentiment d’effroi face à cette population de frères ennemis à qui les Laosiens ont donné un nom : les Fa-Rang ! (traduction du Thaï qui signifie Occidental ou Westerner).

Le Fa-Rang a généralement entre 20 et 25 ans. De préférence anglo-saxon, de sexe masculin, le Fa-Rang parle fort et apprécie la bière dès 10h du matin (quand il ne commande pas un American Breakfast et un fruit shake ; quand la cuite la veille a été trop violente). Il boit ses cocktails dans des petits seaux en plastique opaques, de préférence dans sa combinaison préférée : tongs, short, débardeur (à Vang Vieng, floqué de la célèbre marque Beerlao). Le Fa-Rang a l’instinct grégaire surdéveloppé, et il aime tout particulièrement s’entourer de ses compatriotes. Il a la nostalgie de son pays même quand il ne l’a quitté que depuis quelques jours. Il n’est pas rare, par exemple, de croiser un couple de Fa-Rang en pleine tournée asiatique (combo Thailande, Laos, Cambodge en 12j) dans un bar, regardant un épisode de Friends qui passe en boucle, en dégustant un Hamburger “local” d’une main et en envoyant un SMS de l’autre.

Fa-Rang watching Friends in Vang Vieng

Le Fa-Rang adore les activités en “ing” : kayaking, rafting, canoeing, caving, cycling, drinking, vomiting and wanking. A Vang Vieng, l’activité star, c’est le tubing : une descente de la rivière dans une chambre à air, ponctuée par une multitude de bars ou le Fa-Rang peut muscler sa vessie.

Tubing anf the exxagerating development of Vang Vieng

Quand il atteint le seuil de maturité alcoolique, il n’est pas rare d’observer le Fa-Rang tenter des approches audacieuses sur le sexe opposé. Le Fa-Rang a une classe qui lui est propre et ses grades, c’est au nombre cul-secs qu’il les obtient.

Enfin, le Fa-Rang de Vang Vieng a souvent des yeux de lapin russe. Faute à une conjonctivite locale, très à la mode en cette saison 2010. C’est la quantité de pue qu’il a au coin de l’oeil qui atteste de son passage dans la “Sainte Moribonde”.

Rien n’est trop absurde pour la manne financière que représente cet antéchrist du mouvement hippy.  Pas même le nombre de dealers au kilomètre carré. Pas même cette concentration d’ATMs hors norme pour le pays, alors que dans la capitale voisine : Ventiane, on peine parfois à en trouver un en état de fonctionner.

J’y suis passé et je ne m’y suis pas attardé. J’y ai tout de même fait de bonnes rencontres, qui pour certaines, m’ont suivi jusqu’à Ventiane. Tout n’est pas mauvais dans la ville sponsorisée par Pepsi Co., c’est juste que passé un certain âge, on trouve mieux à faire ailleurs. Dommage, car les environs eux valent vraiment le coup.

Je ne vous ferai donc pas rêver au moment de lire ces quelques paragraphes, mais j’aurai pour moi ma conscience. Il n’y a pas besoin de forcer le trait pour sublimer le voyage. Mentir est tout aussi inutile…

A Luang Prabang…

A LUANG PRABANG
A Luang Prabang, j’ai vu mille temples et mille-et-un buddhas.
J’ai vu l’astre rougir, et la terre disparaître sous les nuages.
A Luang Prabang, j’ai vu un messie et une jeune russe les trippes à l’air.
J’ai largué les amarres, et j’ai laissé l’Inde derrière moi.
A Luang Prabang, j’ai cru rêver et avoir des montagnes d’or et de diamants sous les yeux.
J’ai presque resenti les vibrations du Dance Floor, et j’ai presque dansé aussi.
A Luang Prabang, mes lèvres ont redécouvert le goût du vin.
J’ai parlé un peu l’italien et beaucoup le suédois, j’adore le suédois !
A Luang Prabang, des hommes en tunique orange se font servir le riz 6h du matin,
et des centaines d’autres, habillés sans couleur particulière, se lèvent pour le leur donner.
Ca aussi je l’ai vu !
A Luang Prabang, j’ai admiré une simple rivière faire concurrence au grand Mekong.
J’ai arpenté son vieux pont et me suis restauré sous sa colline.
A Luang Prabang, j’ai regardé la pluie tomber et le ciel se disloquer.
J’ai écouté le bruit des flots se fracasser sur la pierre, et repartir à l’unisson.
A Luang Prabang, j’ai volé le Journal d’un Génie (de Dali).
Et je suis finalement parti…
…Pas tout à fait comme j’y suis arrivé,
avec mon sac et mes deux roues.

A Luang Prabang, j’ai vu mille temples et mille-et-un buddhas.

J’ai vu l’astre rougir, et la terre disparaître sous les nuages.

A Luang Prabang, j’ai vu un messie et une jeune russe les trippes à l’air.
J’ai largué les amarres, et j’ai laissé l’Inde derrière moi.

A Luang Prabang, j’ai cru rêver et avoir des montagnes d’or et de diamants sous les yeux.
J’ai presque resenti les vibrations du Dance Floor, et j’ai presque dansé aussi.

A Luang Prabang, mes lèvres ont redécouvert le goût du vin.
J’ai parlé un peu l’italien et beaucoup le suédois, j’adore le suédois !

A Luang Prabang, des hommes en tunique orange se font servir le riz 6h du matin, et des centaines d’autres, habillés sans couleur particulière, se lèvent pour le leur donner.
Ca aussi je l’ai vu !

A Luang Prabang, j’ai admiré une simple rivière faire concurrence au grand Mekong.
J’ai arpenté son vieux pont et me suis restauré sous sa colline.

A Luang Prabang, j’ai regardé la pluie tomber et le ciel se disloquer.
J’ai écouté le bruit des flots se fracasser sur la pierre, et repartir à l’unisson.

A Luang Prabang, j’ai vu des parapluies aux fenêtres,
Et j’ai senti la foudre s’abattre sur mon insomnie.

A Luang Prabang, j’ai volé le Journal d’un Génie (de Dali).
Et je suis finalement parti…

…Pas tout à fait comme j’y étais arrivé,
avec mon sac et mes deux roues.

Le voyage et ses présages

Voilà un chapitre que je souhaitais aborder depuis longtemps tant sa portée mystique est profonde et la dose d’inspiration qui l’accompagne : puissante à mes yeux.

Il s’agit d’intuitions, d’anomalies, de micro-événements auxquels on ne prête d’habitude pas attention mais qui, dans le cadre d’un voyage comme le mien, teintent le parcours d’une magie délicieuse. Une matière propice à la réflexion, un outil parmi tant d’autres pour stimuler l’exercice de la pensée.

Juste parce qu’il est “disponible” et ouvert, le vagabond peut, de temps à autre, percevoir ces signes et leurs conférer une signification particulière. Un marqueur qui fait sauter aux yeux du sujet une vérité toute simple, enfouie dans sa psyché depuis longtemps. Une vérité qui ne demandait qu’à sortir… Le voyageur peut bien entendu, choisir tout aussi librement de les ignorer ces signes, et ainsi rester fidèle à la pensée Cartésienne qui gouverne notre monde. Il peut choisir d’emprisonner sa pensée dans les dogmes de la rationalité. Mais permettez-moi de trancher ainsi : quel gâchis ! S’il n’est une forme de rêve, alors, qu’est-ce que le Voyage? S’il n’est une ouverture sur l’extraordinaire, à quoi bon parcourir tous ces kilomètres?

En réalité, l’enchaînement des lieux-dits n’a pour moi que peu d’intérêt. Dire j’ai vu, j’ai fait, je suis passé, j’ai humé, voilà bien le piège flagrant tendu au bourlingueur. Car il est certain dans ce domaine particulier comme dans tant d’autres, que la quantité, ne fait pas la qualité. Croyez-moi, il vaut mieux passer tout un hiver, dans une région grande comme deux fois la Normandie et y multiplier les observations approfondies, plutôt que de balayer toute l’Asie comme je suis en train de le faire en trois mois seulement. J’aime mon parcours, ça oui ! Mais j’en ai bien conscience, il n’est pas porteur de la vérité universelle, car il survole la Terre et ceux qui la travaillent. Tout ces déplacements ne sont pour moi que le prémices du voyage de ma vie. Un repérage si vous préférez, que je réalise en ce moment, pour mieux choisir et ressentir le lieu de ma prochaine hibernation. Dans quelques temps, mois, années, décennies, qu’importe, je poserai moi aussi mes valises pour laisser pousser sous moi quelques racines. Tout comme Olivier Föllmi, je veux moi aussi Vivre l’Himalaya et d’autres terres encore pour y témoigner de la grandeur de l’Homme en paix.

Ceux qui me connaissent savent que je suis un terreau fertile pour que germe l’idée incongrue, la vision incroyable, voire le discours franchement politiquement incorrect. Qu’une idée soit impopulaire au moment de l’étudier en profondeur, de la décortiquer, je m’en contrefous. Bien au contraire, mon intérêt pour un nouveau sujet grandit proportionnellement à la gêne qu’il occasionne auprès de mes semblables. Un grain de sable dans la grande machine des sociétés contemporaines, je prends ! C’est parce que suis un pourfandeur de la Pensée Unique que j’en deviendrais presque un promoteur de tout ce qui est du ressort de l’alternatif. Vous êtes fous? Tant mieux ! Gardez-vous d’être le digne représentant de la normalité et nous serons amis.

En cela, cet arbre de curiosité planté par Paulo Coelho et son Alchimiste, est fait pour me séduire. Bien que je n’ai pas trouvé l’ouvrage exceptionnel d’un point de vue stylistique – la traduction offerte en anglais donnant même à ce texte un caractère désuet à la limite du niais – je n’en ai pas moins apprécié la profondeur des idées. Une invitation à l’imaginaire et à la libre-pensée… Des mots qui auront su éveiller ma curiosité sur ce qu’il appelle les présages, ces petits signes devenus au fil des mois un ingrédient indispensable à ma vie de voyageur, un outil d’aide à la décision (voilà un terme qui devrait satisfaire mes anciens collègues). Un travail de lâcher-prise mis en oeuvre consciemment et qui sera renforcé par l’épisode que je m’apprête à vous livrer. Une allégeance de ma rationalité façonnée par le martelage psychologique opéré par les dogmes de toutes sortes, et ce, depuis ma  petite enfance, à la grandeur des événements que je ne maîtrise pas et à laquelle je m’abandonne à présent de plus en plus fréquemment. En somme, depuis que j’ai lu cet ouvrage, je perçois l’adversité différemment. Une vision qui sera par ailleurs confortée par la lecture du carnet de notes personnelles de Dali : “Dali, journal d’un Génie” couvrant la période 56-62 de sa vie et dans lequel il fait mention de sa géniale “méthode paranoïa-critique” (j’y reviendrai pour d’autres raisons prochainement).

Ce chapitre de mon histoire commence donc fortuitement dans l’Inde mystique de la cité de Bénarès (Varanasi) :  l’écrin aux cents ghats et aux cent mille dévots. En réalité, l’histoire commence bien avant cela, car les coups du destin sont permanents. Mais je m’attarderai pour commencer sur cet étrange événement survenu un soir d’orage, alors que je me trouvais au sixième étage de ma Guest-house : la Mishra Guest-house, surplombant le Gange et ses mille feux, car c’est bien là qu’eut lieu “l’évènement” !

J’y contemplais la beauté d’un orage de mousson, le premier de la saison, en compagnie de deux amis français, rencontrés peu de temps auparavant (ils peuvent témoigner de l’exacte description que je vais faire de cet instant). Assis depuis une bonne demi-heure, à la fois éblouis et stupéfaits par la violence des ondées qui s’abattent sur le toit de taule qui nous protège, nous profitons de l’instant, contemplatifs et heureux d’être là pour le voir. Les échos de la fureur se font entendre de toute part, la ville apparaît et disparaît en un éclair : le spectacle est magnifique. Les bourrasques emportent avec elles tout ce qui pèse moins lourd que le verre et l’acier. La Nature affirme ce soir là, toute son autorité sur l’Homme. Quand soudain, un objet tombe du ciel et atterrit mystérieux sous mon poignet. Fin comme du papier, amputé de sa moitié supérieure, je reconnais sans mal dans la pénombre du soir, la page d’un livre qui, balayé par les vents et alourdi par les gouttes de pluies est venu mourir entre mes mains. Là, au sixième étage de cette pension que rien ne domine ou presque, il a fait une halte.

Quelle incroyable rencontre d’événements a-t-il fallu pour que cet objet m’atteignit en un point si haut ! Autour de nous, il n’y a qu’un toit qui nous surplombe, celui de la Shanti Guest-house mais il se trouve au moins trois cent mètres plus au sud, une distance infinie à vol de papier. Quand bien même le jeté eut été le fruit d’un acte intentionnel, la trajectoire qu’a pu emprunter l’objet était impossible à déterminer, a fortiori, en raison des conditions climatiques extrêmes qui sévissaient.  Quel hasard donc…

En regardant de plus près l’objet, j’observe que le papier est jauni et élimé sur ses bords, indiquant qu’il s’agit là d’un texte imprimé il y a quelques années déjà. La page porte le numéro 9 et son verso est vierge de tout caractère ce qui me laisse penser qu’il doit s’agir d’une fin de chapitre ou plus précisément, de la fin du préambule. Enfin et surtout, le contenu y est rédigé en français !

Une feuille volante donc, écrite en français et imprimée il y a plusieurs années m’était destinée ce soir là, au milieu du chaos le plus absolu. Depuis combien de temps errait-elle? Entre quelles mains était-elle passée avant de me trouver? Pourquoi moi et pourquoi à ce moment précis, alors que l’orage gronde partout autour? Sans doute savait-elle que la mollesse de mon âme (ici mollesse s’oppose à dureté et non à dynamique) ferait de moi un bon protecteur. Sans attendre, je range la précieuse feuille dans mon carnet de cuir et la laisse sécher là, presque dans l’oubli pendant les deux mois qui vont suivre.

Surviennent alors mes crises existentielles. Un stade de réflexion où je me sens prisonnier de cette vision du monde qui me met mal à l’aise et m’échappe par la même occasion. Un état de semi-déprime dont je ne fais aucun mystère dans mes récits. Une phase qui me permet de mettre les mots sur le Monstre et ainsi de le démystifier. Les heures sombres de mon passage par un Vietnam dur où je me débarrasse de tout ce qui m’encombre depuis tant d’années sont un traitement douloureux “mais dont le patient avait grandement besoin”. Une période durant laquelle la feuille se sera faite oublier sans sourciller, comme si elle attendait le moment propice pour réapparaître.

Le Laos, dans ce contexte, est synonyme de renouveau. Cicatrisant des folles nuits de violence intérieure que j’ai connu, je retrouve peu à peu le plaisir de la contemplation des paysages et avec lui, l’espoir que mon monde sera suffisamment puissant pour résister aux sirènes de la perdition globalisée.

La feuille réapparaît mystérieusement un matin, alors que je refais mon sac pour la centième fois. Comme un nouveau présage, elle se libère de je ne sais quel orifice au moment de la fermeture et atterrit à mes pieds, face vers le sol, comme si elle suppliait à présent, une once d’intérêt de ma part.

A ce moment précis, je suis décidé à revenir sur mes traces afin de retrouver l’autoroute à partir d’Odemxai quelques 80kms plus au sud. Un chemin sûr et en bon état pour me guider sans encombre vers la suite de mon périple “préconçu”. La 13th Highway : le plus court chemin vers mon prochain pays. Une route qu’empruntent tous les bus sans exception : un choix rationnel.

Je prends néanmoins le temps de relire le passage mystérieux pour tenter d’y trouver  un sens qui m’aurait échappé la première fois. Ce qui en émane, ressemble de plus en plus à un traité. Les mots sont tranchants et affirmés ne laissant guère de place au doute. Le tout parle de ce que j’appelle la Pensée Alternative et de quelques unes de ses formes constituantes : l’utopie entre autres. J’y vois là le signe d’un encouragement vers l’affirmation de ma pensée libre (dans le monde d’aujourd’hui), ce qui me fait sourire. Rien de plus devrais-je dire.

Je remets la feuille dans son compartiment et décide de m’en tenir à mon plan initial : quitter cette région Nord-Est qui ne m’a guère apportée que de la pluie et de la boue. Il est dix-heures du matin quand je franchis le seuil de la ville. Je suis en route vers le futur !

Cependant, comme un avertissement ou si vous préférez, comme un présage de plus, je pars sans m’en rendre compte dans la mauvaise direction. Je confonds, tout absorbé que je suis par mes pensées du matin les deux villes de OdemXai et Huey Xay, qui, je le précise pour ma défense peuvent toutes deux s’écrire de mille façons : Odemxai, Odem Xai, Hueyxay, Huey Xai, etc, etc. Je suis donc en train m’enfoncer plus encore à l’Ouest et je ne m’en rends même pas compte. Je m’éloigne de ce ruban de sécurité que constitue la route Nord-Sud et je m’achemine plein d’ignorance, vers ce triangle d’Or et ses frontières Thaï et Birmanes toutes proches. Ma bêtise prend fin après quarante kilomètres quand je réalise que les distances annoncées par les bornes kilométriques sont incompatibles avec mes prévisions. Quand ma pensée s’éclaire, cela fait déjà une heure que je roule. Il en faudra une deuxième rien que pour revenir au point de départ…

Profitant de l’arrêt pour satisfaire ce qui ressemble de plus en plus à un rite : gorgées d’eau-cigarette-gorgées d’eau-Oréo, je ressors la petite feuille de son carnet protecteur et me pose un instant. Je revois la portée de ce texte comme une incitation à la poursuite de ma destinée et de mes rêves. Je lis entre les lignes qu’il ne sert à rien de lutter contre ce qui est déjà planifié par le très-haut et qu’il faut écouter son coeur au moment de faire des choix déterminants.

Je décide que s’il doit en être ainsi, si la providence a déjà fixé le cap de mon compas, je ne peux pas lui tourner le dos. Au moment de la replacer dans son écrin, le numéro 9 que porte la feuille magique me saute aux yeux. C’est le chiffre de la fécondité. Serait-ce l’annonce d’une naissance toute proche? S’agirait-il de ce nouveau paradigme qui me submerge tout d’un coup ou bien est-ce moi qui suis promis à une renaissance suite à cette aventure? Je décide à ce moment de continuer ma marche en avant et de me laisser guider par ce que j’appellerai à présent le destin.

Voilà donc quel était le fruit porté par cet inimaginable enchaînement de circonstances. Telle la plume qui aussi légère soit-elle suffit pourtant à faire pencher la balance dans son indécision la plus parfaite, la feuille féconde aura influencé ma vie d’une manière insoupçonnée.

Je découvrirai sans tarder qu’il y avait trois bonnes raisons ou plutôt trois bonnes rencontres justifiant que je garde le cap ce matin là. A bien y réfléchir, je crois qu’au moment de prendre cette décision, je suis devenu Croyant.

Extrait du texte contenu sur la page volante :

“[...] est inévitable
[...] ultime. Quand nous aurons
[...] utiliserons toutes les formes de contrainte pour instaurer un monde sans distinction de classes, sans prêtres. Nous ne bougerons jamais de notre thèse centrale ; nous y sommes ancrés, mais notre stratégie et nos tactiques varieront selon les circonstances. Nous planifions, nous organisons et nous agissons pour détruire l’homme actuel au profit de l’homme du futur. ”

Le sannayasi, l’homme de la Fraternité et l’utopiste vivent tous pour demain, pour le futur. Aucun d’eux n’est ambitieux au sens mondain du mot, aucun ne désire les honneurs, la richesse ou la considération : leur ambition est d’une essence beaucoup plus subtile. L’utopiste s’est identifié à un groupe qui, pense-t-il, aura le pouvoir de réorganiser le monde ; l’homme de la Fraternité aspire à être exalté, et le sannayasi à atteindre son but. Tous sont consumés par leur propre devenir, leur accomplissement et leur expansion. Ils ne voient [...]

Combien de mystères encore se cachent derrières ces quelques mots. Dans les prochains épisodes, je m’emploierai à décrire quelques unes des conséquences immédiates de ce choix irrationnel qui me fit continuer ma route vers l’Ouest. En attendant, rêvez bien et prenez gare aux signes de la vie !