Road-trip en Asie

Le monde sous un regard (dé)bridé
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Dien Bien, dernière cuvette avant la sortie

Je passerai assez rapidement sur les différents chapitres qui me séparent du présent. Si chacun de ces épisodes est riche d’anecdotes qui justifieraient que je m’y attarde, j’ai aujourd’hui envie d’explorer d’autres champs de réflexion que de la pure visite touristique : des sujets sur lesquels je me sens prêt à livrer quelques réflexions.
Voici donc un aperçu en accéléré du trajet menant de Sapa (au Nord Vietnam), à une trentaine de kilomètres à peine de la frontière chinoise, à Dien Bien, point de sortie symbolique situé au sud de la protubérence crâniène du pays, à quelques deux cents quatre-vingt kilomètres de là.
Comme toujours dans ce genre de périple, l’histoire commence par une route. Encore plus chaotique que celle de l’aller, encore plus exigeante en termes d’attention et de patience, encore plus errintante que tous les tronçons réunis auparavant. Une route en mutation.  Simple support de construction à une autoroute bien plus en lien avec notre époque et nécessitant des manoeuvres héculéennes. Partout les engins de chantiers, taillent et débitent des collines entières, coulent des milliers de tonnes de béton chaque semaine et construisent des ponts capables de franchir des lacs de plusieurs kilomètres de large. Autant dire que la route est dévastée et souvent obstruée.
Au Nord, ce sont les montagnes qui gouvernent. Elles offrent une route en lacets d’une qualité comparable à un chemin du pays de Caux tout au plus. Parsemé de pierres pointues et soupoudré d’une poussière épaisse, ce parcours est également émaillé de quelques points d’eau qu’il faut savoir traverser. L’humidité au petit matin est impressionante. Les nuages de condensation émanant des canopées qui tapissent l’horizon, se forment en direct. Une fine bruine accompagne le tout.
Après une petite heure, la route prend la forme d’un tracé du Paris-Dakar à travers les grandes plaines annonçant la ville fantôme de Laï Chau. Les quelques semi-remoques qui empruntent l’itinéraire innondent leurs sillons d’un torrent de poussière. Dessous git un asphalte frâichement aplati mais que l’on devine à peine. Impressionnante de modernité, cette capitale régionale l’est aussi par le calme de ses avenues. Des kilomètres durant, il est possible de rouler sur des quatre-voies plus désertes que des autoroutes au milieu du désert Saoudien. Les cygnes mécaniques hibernent sur les bords d’un lac aux eaux sombres ou les façades des hôtels fermés pour cause de hors-saison languissent devant leur reflet sans vie. Il est difficile de rencontrer un être à qui parler. Aucune activité commerçante, rien d’autre que les ombres des drapeaux aux couleurs du régime et des bâtiments officiels au style néo-stalinien. On peut s’y perdre une heure et demi si comme moi, on avance sans carte détaillée et en se fiant aux indications des rares passants. De quoi devenir fou, dans cet univers digne d’un roman de Stephen King, ville menacée par une pluie atomique et dont les habitants auraient fui, prévenus par les autorités. Studio de tournage à grande échelle, fermé pour cause de crise financière. A la campagne les acteurs, techniciens de plateau, réalisateurs, je suis seul au milieu du nulle part. Les nuages noircis de colère, couronnant d’impénétrables montagnes qui assiègent la ville, ne font qu’ajouter au sentiment d’avoir pénétré dans une dimension à la fois irréelle et menaçante.
Quand on parvient à s’extraire à cet univers, ce sont les ouvriers des chantiers publics qui nous attendent. Ces hommes qui travaillent mais aussi vivent aux abords du nouveau tracé, se relaient du matin au soir par quarts de huit heures. Ceux qui barrent le chemin pendant qu’une équipe est à la manoeuvre un peu plus haut sur la colline.
Un des principaux enseignements de ce voyage aura été le suivant : il est possible de profiter de chaque occasion pour apprendre d’autrui. Même sur le bord d’une route défoncée, crasseux de poussière et mort de soif, on trouve matière à échanger et à apprendre. Deux arrêts forcés d’une petite heure chacune m’auront permis d’échanger quelques cigarettes, et quelques éclats de rire avec ces habitants de nulle-part. Tirer un portrait, échanger quelques mots au sujet de la Minsk et c’est reparti.
Après neuf heures, on touche au but. Rincé tant par la concentration constante et continue requise par le parcours que par la perturbation pluvieuse annonçant l’arrivée imminente du Typhon… . Les derniers kilomètres montrent bien une cuvette. Je ne m’attendais pas néanmoins à ce qu’elle fut si large.
Les jours qui suivent sont un enchaînement de départ-arrêtés. Bloqué à cause de la météo tout d’abord, puis en raison de ses conséquences sur le tronçon reliant la ville au poste frontière, je passerai, au total, près de six jours dans cette ville qui ne me laissera ni bonne, ni mauvaise impression au final. Si vous visitez le Vietnam pour une courte durée, il n’est pas nécessaire de faire tout le long chemin depuis Hanoï. Les attractions locales sont limitées. A moins que vous ne soyez un chercheur sur les thèmes suivants : étude des itinéraires de la drogue dans le Sud-Est Asiatique, traitement politique des théatres d’opération militaire ou encore audit des différents cas de prostitution aux abords des zones frontalières, vous ne trouverez que peu d’intérêt pour justifier le déplacement. Pour ma part, j’ai passé le temps en compagnie de deux français qui cherchaient aussi à minimiser les frais. Tout naturellement, ils sont tombés tout comme moi dans cet hôtel où les chambres étaient plus souvent louées à l’heure.
- »Massage Boum boum? » : tel sera le gentil message d’accueil adressé par la patronne des lieux, comme un rituel, une ultime tentation avant le coucher. Un voyage m’aura donc appris, en plus du reste, que je n’étais pas trop porté pour la chose rémunérée.  Je vais vous décevoir sur ce coup-ci, mais non, je n’ai pas franchi le cap… Pas encore du moins.  Au contraire, j’ai même vécu la frustration d’un massage hésitant et poussif, engendré par ce que j’appellerais une erreur de recrutement de ma part. Je croyais me trouver dans un hôtel respectable au coeur d’un quartier chic, en compagnie de professionnels du dos quand je demandais que l’on me soulage de ce millier de kilomètres parcouru à deux-roues. Qu’elle a été ma déception quand j’ai compris au bout de quelques minutes à peine, que les seuls choix qui s’offrairaient à moi pendant les cinquante minutes restantes étaient soit de se satisfaire de cette bouche peu séduisante à mes yeux mais qui se serait alors appliquée d’une manière sans doute bien plus professionnelle à étaler tout son art, ou bien d’accepter que ces quelques minutes pendant lesquelles l’aveu d’incompétence était total, n’étaient que l’introduction à une longue heure de palpés-roulottés aussi agréables que l’application d’un produit anesthésiant par un étudiant dentiste. Patience, patience : compagne fidèle du voyageur.
Après ce qui furent quelques heures de recherche, il faut bien l’avouer, nous sommes parvenus à identifier le champ de bataille. Les vietnamiens décidément ne sont guère très nostalgiques des victoires passées. Quelques restes de français ici ou là. Deux chars d’assaut devant un près, une DCA abandonnées. Le dernier bunker enfin. A

Je passerai assez rapidement sur les différents chapitres qui me séparent du présent. Si chacun de ces épisodes est riche d’anecdotes qui justifieraient que je m’y attarde, j’ai aujourd’hui envie d’explorer d’autres champs de réflexion. J’ai envie de m’éloigner de la pure visite touristique. Des sujets qui murissent depuis quatre mois bientôt et sur lesquels je me sens prêt à livrer quelques réflexions.

Voici donc un aperçu en accéléré du trajet menant de Sapa (au Nord Vietnam) – à une trentaine de kilomètres à peine de la frontière chinoise – jusqu’à Dien Bien, point de sortie symbolique situé au sud de la protubérence crâniène du pays. Deux cents quatre-vingt kilomètres d’aventure, que du bonheur !

Comme toujours dans ce genre de périple, l’histoire commence par une route. Encore plus chaotique que celle de l’aller, encore plus exigeante en termes d’attention et de patience, encore plus errintante que tous les tronçons réunis auparavant. Une route en mutation.  Simple support de construction à une autoroute bien plus en lien avec notre époque et bien plus à l’image du Vietnam d’aujourd’hui, cette ancienne route est le théâtre de manoeuvres Hérculéennes, orchestrées par les Ponts et Chaussées. Partout les engins de chantiers, taillent et débitent des collines entières, coulent des tonnes de béton par milliers et construisent des ponts capables de franchir des lacs de plusieurs kilomètres de large. Autant dire que la route est dévastée et souvent obstruée.

Au Nord, ce sont les montagnes qui gouvernent. Elles offrent une route en lacets d’une qualité comparable à un chemin du pays de Caux tout au plus. Parsemé de pierres pointues et soupoudré d’une poussière épaisse, ce parcours est également émaillé de quelques points d’eau qu’il faut savoir traverser. L’humidité au petit matin est impressionante. Les nuages de condensation émanant des canopées qui tapissent l’horizon, se forment sous mes yeux. Une fine bruine accompagne le tout.

Vietnam mountain roads with the morning mist

Après une petite heure, la route prend la forme d’un tracé du Paris-Dakar à travers les grandes plaines annonçant la ville fantôme de Laï Chau. Les quelques semi-remoques qui empruntent l’itinéraire innondent leurs sillons d’un torrent de poussière. Dessous git un asphalte fraîchement aplati mais que l’on devine à peine. Impressionnante de modernité, cette capitale régionale l’est aussi par le calme de ses avenues. Des kilomètres durant, il est possible de rouler sur des quatre-voies plus désertes que des autoroutes au milieu du désert Saoudien. Les cygnes mécaniques hibernent sur les bords d’un lac aux eaux sombres ou les façades des hôtels fermés pour cause de hors-saison languissent tels des Narcisse devant leur reflet sans vie. Il est difficile de rencontrer un être à qui parler. Aucune activité commerçante, rien d’autre que les ombres des drapeaux aux couleurs du régime et des bâtiments officiels au style néo-Stalinien. On peut s’y perdre une heure et demi si comme moi, on avance sans carte détaillée, en se fiant aux indications des rares passants. De quoi devenir fou, dans cet univers digne d’un roman de Stephen King. Ce pourrait être une ville menacée par une pluie atomique et dont les habitants auraient fui avant le cataclysme. Ce pourrait un studio de tournage Hollywoodien, fermé pour cause de crise financière. A la campagne les acteurs, les techniciens de plateau, les réalisateurs, je suis seul au milieu du nulle part. Les nuages noircis de colère, couronnant d’impénétrables montagnes qui assiègent la ville, ne font qu’ajouter au sentiment d’avoir pénétré dans une dimension à la fois irréelle et menaçante.

Lai Chau, Ghost city Vietnam

Quand on parvient à s’extraire à cet univers, ce sont les ouvriers des chantiers publics qui nous attendent. Ces hommes qui travaillent mais aussi vivent aux abords du nouveau tracé, se relaient du matin au soir par quarts de huit heures. Ce sont eux qui barrent le chemin pendant qu’une équipe est à la manoeuvre un peu plus haut sur la colline.

Un des principaux enseignements de ce voyage aura été le suivant : il est possible de profiter de chaque occasion pour apprendre d’autrui. Même sur le bord d’une route défoncée, crasseux de poussière et mort de soif, on trouve matière à échanger et à apprendre. Deux arrêts forcés d’une petite heure chacun m’auront permis d’échanger quelques cigarettes, et quelques éclats de rire avec ces habitants de nulle-part. Tirer un portrait, échanger quelques mots au sujet de la Minsk et c’est reparti !

Après neuf heures, on touche au but. Rincé tant par la concentration constante que demande ce parcours, que par la perturbation pluvieuse annonçant l’arrivée imminente du Typhon Ketsana. Les derniers kilomètres montrent bien une cuvette. Je ne m’attendais pas néanmoins à ce qu’elle fut si large.

Les jours qui suivent sont un enchaînement de départ-arrêtés. Bloqué à cause de la météo tout d’abord, puis en raison de ses conséquences sur le tronçon reliant la ville au poste frontière avec le Laos, je passerai, au total, près de six jours dans cette ville qui ne me laissera ni bonne, ni mauvaise impression au final. Si vous visitez le Vietnam pour une courte durée, il n’est pas nécessaire de faire tout le long chemin depuis Hanoï. Les attractions locales sont limitées. A moins que vous ne soyez un chercheur porté sur les thèmes suivants : étude des itinéraires de la drogue dans le Sud-Est Asiatique, traitement politique des théatres d’opération militaire ou encore audit des différents cas de prostitution aux abords des zones frontalières, vous ne trouverez que peu d’intérêt pour justifier le déplacement.

Pour ma part, j’ai passé le temps en compagnie de deux français qui cherchaient aussi à minimiser les frais. Tout naturellement, ils sont tombés tout comme moi dans cet hôtel où les chambres étaient plus souvent louées à l’heure que pour une nuit toute entière. J’ai passé le temps à fuir les ondées capables d’inonder les systèmes d’évacuation des eaux de la ville en quelques minutes à peine.

Thomas and Dominique, french dudes across Asia

- »Massage Boum boum? » : tel sera le gentil message d’accueil adressé par la patronne des lieux, comme un rituel, une ultime tentation avant le coucher. Un voyage qui m’aura appris, en plus du reste, que je ne suis pas trop porté sur la chose rémunérée.  Je vais vous décevoir, mais non, je n’ai pas franchi le cap… Pas encore du moins.  Au contraire, j’ai même vécu la frustration d’un massage hésitant et poussif, engendré par ce que j’appellerais une erreur de recrutement de ma part. Je croyais me trouver dans un hôtel respectable au coeur d’un quartier chic, en compagnie de professionnels du dos quand je demandais que l’on me soulage de ce millier de kilomètres parcouru à deux-roues. Qu’elle a été ma déception quand j’ai compris au bout de quelques minutes à peine, que les seuls choix qui s’offriraient à moi pendant les cinquante minutes restantes seraient soit de se satisfaire d’une bouche peu séduisante à mes yeux mais qui se serait alors appliquée d’une manière sans doute bien plus professionnelle à étaler tout son art, ou bien d’accepter que ces quelques minutes pendant lesquelles l’aveu d’incompétence était total, n’étaient que l’introduction à une longue heure de palpés-roulottés aussi agréables que l’injection d’un produit anesthésiant par un étudiant dentiste. Patience, patience : compagne fidèle du voyageur.

Après ce qui furent quelques heures de recherche, il faut bien l’avouer, nous sommes parvenus à identifier le champ de bataille. Le fameux théâtre de l’enfer de notre contingent. Les vietnamiens décidément ne sont guère très nostalgiques des victoires passées. Quelques restes de français ici ou là, deux chars d’assaut devant un pré, une DCA abandonnée… Le dernier bunker enfin.

Une chose intéressante est à noter à propos de ce lieu : jamais auparavant avais-je ressenti aussi intensément l’atrocité du combat. Bien que ne soient entreposés là que quelques carlingues défoncées, criblées de balle, il se dégage de ce petit bout de plaine un parfum de terreur. La solitude qui m’habite au moment de conduire ma Minsk jusque devant l’ultime campement français, les lueurs du soir, tout cela me projette littéralement dans les deux mois d’enfer qui ont précédé la capitulation.

Les collines sur lesquelles sont établies les forces françaises, tombent une à une en quelques jours à peine. Seule la colline Aline résistera jusqu’aux derniers levers de soleil. Au milieu, le terrain d’aviation est rapidement détruit par les Viet-Minhs qui en ont fait un objectif prioritaire. Sans appui aérien, les troupes restantes sont cloisonnées, prises en tenaille, sous une pluie de mortiers qui tombent sans discontinuer pendant plus de 60 jours. L’aéroportée française tente bien de survoler et de larguer quelques munitions et vivres pour les comdamnés au sol, mais la majorité des colis tombe du mauvais côté de la barrière, alimentant du même coup le camp ennemi. Lorsque le Général Giap contemple le dernier lever de soleil, celui qui viendra couronner son écrasante victoire, le campement français ne fait plus que quelques centaines de mètres carrés. Un mouchoir de poche d’où surgira quelques heures plus tard le drapeau blanc synonyme de capitulation.  Au moment où les hostilités cessent, les survivants côté français ont l’impression d’être devenus sourds. Un silence de mort règne pendant quelques minutes avant que les troupes ennemis n’ordonnent l’évacuation du bunker. Une éternité, semble-t-il. Sentiment de petite-mort et d’incrédulité. Une nouvelle fois dans son histoire, le français avait sous-estimé l’ennemi, mais quel courage ! Quel courage il a fallu pour tenir si longtemps…

Dernier bunker français et capitulation en Indochine

Je quitte finalement le Vietnam au petit matin du sixième jour avec les premiers bus. Le poste frontière est atteint en une petite heure. Aucun problème pour traverser avec mon véhicule. Je dispose à présent d’un visa d’un mois et d’une autorisation provisoire de circulation d’une durée similaire. Un nouveau chapitre s’ouvre : le Laos !

Sapa, à la rencontre des H’Mongs

Le voyage pour Sapa commence par une longue route dont j’ai bien cru ne jamais voir le bout. 280Kms à travers la chaîne de montagnes Hoang Lien : chemins de terre battue lacérés par des pluies torrentielles, glissements de terrain et brouillard typique de ces régions, tout ou presque semble se liguer pour m’empêcher d’arriver à bon port avant la tombée de la nuit.

Kilomètre 140, le bitume disparaît subitement dans les eaux d’un lac aux eaux sombres. Il me faut quelques minutes pour comprendre qu’un barrage établi en aval a rempli la vallée de ce bouillon gris foncé. J’aperçois à quelques kilomètres un pont en cours de construction. L’édifice étant de toute évidence inachevé, je dois me résoudre, faute de mieux, à charger la moto sur un frêle esquif qui me permettra de traverser ces eaux en un petit quart d’heure. Opération délicate, la moto manque de faire basculer l’embarcation par deux fois, au moment du chargement puis à l’appontage.  Je ne prends pas le temps de négocier pas le prix de la traversée et me fait gentiment déposséder de 40,000 Dongs (deux fois le prix normal), un moindre mal que je prends avec philosophie.

Evoluant à une vitesse moyenne de 40km/h, je sens la température se rafraîchir à mesure que je grimpe vers la petite station climatique qui s’épanouit à 2,000 mètres d’altitude. Sans carte routière et sans phares, la marge de manœuvre est mince et la nécessité d’arriver avant la nuit : impérative. Le dernier tronçon, long de trente kilomètres, baigné dans une brume épaisse est l’un des terrains les plus difficiles qu’il m’ait fallu franchir. Les pelleteuses partout s’affairent pour dégager le bitume ou plutôt ce qu’il en reste. La bruine est constante et embue mes lunettes de soleil, seule protection contre la poussière soulevée par les engins de chantier. Les trous atteignent parfois plusieurs décimètres de profondeur et font trembler ma monture jusque dans ses tréfonds, mais la Minsk tient le coup et prouve son agilité sur ces terrains où d’autres auraient cassé plus d’une fois. Le Mont Fansipan, du haut de ses 3,300 mètres me nargue et accroît mon sentiment de petitesse et de fragilité : je suis une fourmi dans l’immensité des hauteurs asiatiques.

Dix-neuf heures, je pénètre enfin dans cette bourgade calme et bigarrée. Huit heures de route dans les pattes, les H’Mongs sont là, grands sourires et habits traditionnels. Un lac aux eaux limpides pose sous mes yeux fatigués et m’adresse un message de bienvenue : je peux enfin profiter de l’effort accompli.

Les journées sont courtes à Sapa et il y beaucoup à faire dans les environs, à commencer par relever le challenge posé par mon amie Alix : retrouver la petite Gia qu’elle a rencontré cinq ans auparavant dans cette même vallée. Je dispose pour cela d’un prénom et de quelques photos montrant une petite fille en habits traditionnels : la tâche s’avère ardue mais pas impossible. Après trois jours, néanmoins, mon enquête est au point mort. La jeune fille qui doit, à présent avoir dix-sept-dix-huit ans – un âge synonyme de mariage et d’enfantement pour les H’Mongs – pourrait très bien ne jamais sortir de son nouveau foyer. J’ai bien une certitude cependant : la petite ne se trouve pas à Sapa. Il faudra tenter sa chance dans les villages des environs…

Les minorités du Vietnam, ces « Montagnards » comme les français aimaient à les appeler, sont omniprésents dans la vallée et leurs villages traditionnels revigorés par la mode de l’éco-tourisme sont autant d’attraction dont je profiterai à plein.

Tan Van, Lau Chai et Cat Cat, des appellations exotiques qui ne déçoivent pas. Pourvus de traditions locales encore bien vivantes : ces villages sont un ravissement pour le touriste exigeant que je suis devenu. Le charme des homestays avec leurs lits posés à même le sol, le plaisir des tablées familiales, la fraîcheur des torrents vigoureux, je découvre une société aux moeurs quasi-virginales qui me fait prendre conscience des enjeux que représente cette nouvelle forme de tourisme, respectueuse des pratiques locales. Etonnants H’Mongs ! Eux qui ont survécu à la disparition des français, coup d’arrêt soudain pour leurs affaires dans les années 50, ont aussi su relever le défi imposé par la rigueur qui a sévi pendant cinquante ans, avant la nouvelle explosion du tourisme à la fin des années 90. L’argent rentre de nouveau dans les caisses de la communauté mais les habitudes perdurent, quasi inchangées, si ce n’est la chasse aux touristes qui s’opère désormais du matin au soir.

- « You want to buy from me? Where are you from? Vous êtes français? Bonjour, comment ça va?… »

Je redeviens pour un temps le Belge que j’étais en Inde et m’amuse des ruses employées pour me faire sortir les billets de ma poche ventrale. Ils sont forts ces H’Mongs, des vendeurs de choc !

Alors qu’il faut parfois une patience d’ange pour réussir à se faire servir un simple thé dans la capitale Hanoï, les populations locales autour de Sapa maîtrisent étonnamment les langues étrangères. Le Vietnamien, l’Anglais, le Français ou le Chinois sont autant d’idiomes avec lesquelles il est possible de se faire comprendre. Eux qui pourtant continuent d’utiliser un dialecte ancestral pour la vie de tous les jours sont de redoutables communiquants. Je me plais à imaginer nos paysans Auvergnats répondant aux visiteurs étrangers en Allemand, en Anglais en Espagnol ou en Italien… Décalage surréaliste !

Parmi une foule d’autres souvenirs, je quitterai ces contrées, avec en mémoire un après-midi passé dans une hutte en lisière de forêts dans le petit village de Tan Van. Jeu du photographe et du modèle, où les enfants des environs passent tour à tour sous mon objectif pour une série de portraits, attirant dans leur sillage quelques ainés aux traits finement burinés.

Tan Van portraits

Pur moment de partage et d’innocence, rapports simples entre un pèlerin et ses hôtes, je suis encore habité par ces sourires aux dents blanches et le son des éclats de rire, vierges des tracas de la vie.

Si vous voyagez dans la région, ne manquez pas de goûter aux délices des barbecues de la région : riz collant cuit dans des tiges de bambous et brochettes de boeuf mariné. N’hésitez pas non plus à vous baigner dans les eaux vives de Cat Cat en faisant attention toutefois à ne pas être aspiré par le tourment de ses flots puissants. Il est préférable de se mettre à l’eau en présence de locaux qui sauront vous indiquer les bassins sûrs et ceux dont il faut absolument éviter les siphons irrésistibles. Nul doute que s’ils vous voient ainsi faire preuve de témérité, ceux qui partageront cette baignade à vos côtés s’empresseront de vous inviter à leur table sitôt sorti(e) du bain. Une nouvelle occasion d’échanger et d’apprendre auprès de ces gens évoluant au rythme de la généreuse nature qui les entoure.

Sapa, un petit promontoire de vie dont les français occupants mais aussi instigateurs n’ont pas à rougir. Un subtil équilibre entre tradition et modernité si rare par ailleurs…

Ah, et j’allais oublier la petite Gia ! L’ai-je trouvé? La réponse est oui. Elle est toujours dans la région, mariée et pleine de vie dans son village de Lau Chai. Comme quoi, rien ne résiste à l’homme qui avance avec passion… Alix merci pour cette requête qui m’a amené à explorer la région en profondeur. Bliss, bliss moments !

Gia Hmong girl in Sapa

Ancienne vie, à Sapa, tu ne me manques pas ! Allégeance, encore et toujours à ce quotidien de bohème et aux joies du voyage. Pour le reste, je laisserai les photos parler…

Pensées à tous mes proches restés en France, parents, frère et soeur, je vous aime !

Son La, révolution et souvenirs de France

Peu après onze heures du matin, je quitte des amis retrouvés la veille et les souvenirs d’une soirée bien arrosée, pour l’ouest du pays.

J’enfourche ma nouvelle Minsk plein d’entrain, deux coups de kick sans le contact, allumage, nouveau coup de kick (c’est la procédure habituelle) et le vrombissement entame sa lente litanie, je suis prêt. Je suis prêt et donc, je pars. Je pars, seulement, sortir d’Hanoï s’avère plus compliqué que ce que j’avais imaginé.

Je perds 1h30 entre le sud de la ville et ce qui s’apparente à un périphérique, sans indication aucune. J’arrive devant un pont en cours de construction, barrières empêchant le passage. Je stoppe ma course au pied du tarmac et les minutes passent. A ce moment du parcours, alors que je me suis épuisé sous un soleil brûlant au milieu des motos qui pétaradaient de toute part, alors que je transpire mon énergie, l’eau s’étant évaporée depuis longtemps, je me dis que le Vietnam ne me veut pas. Non, Hanoï et rien d’autre, je ne réussirai pas à sortir de cette ville aujourd’hui.

Comme souvent dans ce pays cependant, il y a deux poids, deux mesures. Il y a les règlements et puis les faits. Un couple de motocyclistes s’arrête à hauteur de mon épaule et m’aperçoit la tête plongée dans une carte, cherchant désespérément un itinéraire bis sur un plan au 1/125 000è où les villes environnantes n’apparaissent même pas. Ils comprennent que l’occidental est perdu. Ils finissent par me souffler « Dien Bien Phu » ! Je réplique que c’est ma direction, un sourire de naufragé vient d’illuminer mon visage. Ils me font signe de les suivre sur le pont théoriquement condamné. L’espoir renaît mais je suis suspicieux.

En fin de compte, l’édifice était bien fermé à la circulation, mais depuis un jour ou deux, on pouvait techniquement franchir la rivière sur le bord droit du tablier dont un morceau avait été achevé. Ceci au Vietnam veut dire que la route est ouverte dans les faits, et ce, même si aucune barrière n’empêchait de tomber dans le vide, même si le passage était aussi impressionnant que périlleux du haut de ses trente mètres.

Un tas de graviers plus loin, je trouvais la nationale indiquant Mai Chau. 14h je suis enfin lancé. Supertramp dans les oreilles, les bornes kilométriques commencent à défiler.

Après une pause « pho » et une Bia Hoi – noms donnés à la soupe typique vietnamienne et à la bière locale – et après cinq heures d’une route en lacets, je débarque enfin devant un hôtel, le premier depuis des heures : le An Lac Hotel. Inspection des lieux, pour le prix demandé, la chambre semble acceptable. Je pose mes valises et avec elles tout le stress de cette première journée à deux roues. J’envisage de me coucher tôt.

An Lac Hotel

Recouverte à 80% par des montagnes, cette région reculée du nord du Vietnam est aussi le réservoir ethnique du pays. Entre Mai Chau et Son La s’étend le massif de Hoan Lien où résident des habitants en costumes traditionnel dans des villages quasi médiévaux, si on oublie les ventilateurs et les motos qui ont pris place dans le décor. Outre les Ma et les M’hong, vivent dans ce petit coin du monde, les H’mong, Dao, Muong, Kinh, Khmer, Tay et Thai… Un sacré viver de tradition et d’histoire en somme. Les français les avaient surnommé « les montagnards », un terme encore employé dans les guides d’aujourd’hui.

Les premières maisons traditionnelles sur pilotis éclosent dans une nature luxuriante, et avec elles les premières rizières. A Mai Chau, l’ambiance est calme, limite mortifère. Une artère principale et quelques commerces qui ferment dès 19h ! Pas d’autre visage pâle à l’horizon.

Le premier soir de mon expédition en solitaire dans le sud-est asiatique est tout bonnement catastrophique. Les coupures de courant sont incessantes, la moiteur de la jungle qui frappe à ma fenêtre transpire jusque sur le plafond de ma chambre privée de climatisation. Les moustiques en profitent : ce soir, la viande française est à l’honneur !

Vers 2h du matin, je décide d’aller dormir dans le hall de l’hôtel où un générateur permet à un écran de télévision branché sur un match de demi-finale et deux ventilateurs de tourner. Les banquettes sont en bois exotique, brun foncé, celui qui déteint sur les corps habitués aux matelas tendres. Le genre de couche qui vous donne des échimozes sans que vous ne produisiez le moindre mouvement. A cinq heures, on vient me réveiller : ça y est le courant est revenu, « you can go back to your room ». Ordre de déguerpir, je m’exécute bien volontiers.

Cet hôtel aux allures de parc d’attraction abandonné, j’en ressors épuisé mais fermement décidé à ne pas y passer une nuit supplémentaire.

Road mountains Vietnam

Je scelle à nouveau mon sac au porte-bagage en acier et m’enfonce plus profondément encore dans un Vietnam méconnu. Les karstes refont leur apparition : massifs et verticaux comme à Ha Long, sauf que cette fois-ci, ils naissent au milieu d’une forêt impénétrable. Ils rivalisent de beauté avec les collines à étages où les rizières magnifient le ciel de leurs de reflets. Le ruban d’asphalte prend de la hauteur et perd en qualité. Je me console avec une vue qui offre des panoramas successifs à couper le souffle : tombants vertigineux, camaieu de vert saisissant.

Ho Chi Minh in the country

En chemin je m’offre une petite frayeur. Kilomètre 240, une heure que je roule, je m’apprête à faire le plein d’essence quand je réalise que j’ai vidé hier un demi bidon d’huile 4T dans le réservoir. Je suis pris de panique. La moto est une deux temps, je l’ai achetée avec un bidon clairement estampillé 2T et voilà que j’ai déjà fait 200km avec le mauvais lubrifiant. Je dois me décider à renflouer mon stock mais, made in Vietnam, aucun des contenants sur le présentoir ne fant mention du type de motorisation pour lequel ils a été conçu. La pompiste, aussi charmante soit-elle ne m’est d’aucune aide. Dans les deux cas, la moto marchait aussi bien, alors que faire?

C’est qu’elle a l’estomac aussi solide que mon grand-père cette Minsk. Un engin soviétique conçu pour ingurgiter de l’huile pressée localement, autrement dit, elle pourrait avaler n’importe quoi. Je mets fin à mon tourment en tirant à pile ou face et je reprends la route.

En chemin, je suis attentif au moindre soubresaut de la mécanique mais rien, rien d’anormal ne se produit. Le soir suivant, je télécharge l’excellent « manuel d’entretien d’une minsk »,par Digby Greenhalgh et j’apprends qu’en cas d’extrême nécessité, je pourrais remplir mon réservoir de kérozène (déconseillé par le constructeur néanmoins). Me voilà définitivement rassuré, jamais en chemin je ne me retrouverai pris à défaut. Cette machine de guerre est armée pour le tout chemin, même la campagne Laosienne n’y résistera pas.

Bientôt trois heures que je roule, kilomètre 380, je fais escale dans un village de montagne dont le nom m’a échappé. J’ai besoin d’une tasse de thé vert, j’ai surtout besoin de me dégourdir les jambes et de remplir mes bouteilles d’eau. J’aperçois soudain ce qui ressemble à un bar de loin et je note qu’il s’agit d’un endroit populaire. L’immense terrasse en bord de route est bondée, elle semble accueillir tout le village. Une musique sourde sort de l’intérieur de l’édifice. Tous les regards sont pointés sur moi au moment de couper le contact.

Au Vietnam plus qu’ailleurs, l’arrivée d’un étranger, blanc de surcroît, déclenche une grande diversité de réactions. Du regard de défiance au sourire de bienvenue, tout l’éventail des accueils m’est présenté en quelques secondes. Un microcosme que je ne parviens pas à sonder immédiatement, étranger dans ses codes et dans ses mots. Je me sens loin, très loin.

Elders Montagnards from Vietnam

Ce que je croyais être un bar est en fait une espèce de salle commune (l’équivalent de nos salles polyvalentes) où se rassemble la population pour les célébrations. Aujourd’hui, on célèbre le départ d’un membre de la communauté, un deuil qui ne ressemble pas trop à ce que j’ai coutume d’observer. Les larmes, les voiles noirs, rien de tout cela ici. Juste un rassemblement, ni joyeux, ni malheureux, stoïque. Je suis finalement convié à une table. Les questions fusent dans un langage que je ne comprends pas. On me remplit une tasse, on m’inspecte curieusement. Je parviens à faire comprendre que je suis français en faisant allusion à Zidane. J’apprendra que ma dénomination locale est : « Frap », je me dis que c’est un drôle de nom. Je vois quelques visages se fermer au moment où l’information tombe. La majorité fait mine de ne pas prêter attention et continue de me sourire. Les anciens présents ici, à quoi pensent-ils?

Les jeunes sont intrigués par mon arsenal technologique : Iphone, réflex et je les laisse jouer avec l’appareil, un peu honteux de tant ressembler au touriste de base, bardé de ses accessoires de communication. Je reste assis au milieu de ces gens une petite heure. J’ai le temps de sympathiser avec un groupe d’hommes qui me parle d’un passé où eux aussi roulaient tous sur des Minsk. Echange sommaire mais chaleureux. Au moment de repartir, j’aperçois des regards affectueux envers ce drôle d’attelage et son cocher « Frap ». Baume au coeur, je me rappelle que j’ai de la chance d’être ici à cet instant précis. Douce vie, j’enclenche l’accélérateur.

Sur les coups de 18h, je débarque enfin à Son La et décide de trouver une chambre dans le quartier Ouest de la ville, près de mon point de sortie, histoire de ne pas rééditer mes mésaventures de la veille.

Les affiches sur fond rouge, à l’effigie d’Ho Chi Minh sont partout. Chaque matin, vers 8h, l’école de musique située juste sous ma fenêtre entonne l’Internationale. Les choeurs puissants qui s’entremêlent diffusent une mélodie chaude et envoutante, une version jusqu’à lors inédite à mes oreilles. Je me sens devenir rouge, je crois que je bascule.

Communist symbols in Vietnam

Je me rappelle qu’il fut un temps, il n’y a pas si longtemps, à cet endroit précis, des femmes et des hommes s’armaient et s’enfonçaient dans la forêt pour chasser l’occupant. On les appelait les Viets et on voulait les écrabouiller. L’atmosphère chargée de ces souvenirs, j’aperçois les traces du passé partout où je passe : impacts d’obus sur les murs des maisons, antiquités militaires ornant les carrefours. Bien que je ne l’aie pas décidé consciemment, je passerai les trois prochains jours dans mon aventure à m’engager moi aussi, avec des mots et des idées.

Certains lieux, comme les rues de Son La vous aspirent dans un univers inextricable. Devenu radical assis devant mon écran, je décide pour me calmer d’aller faire un tour à l’ancienne prison de la ville transformée en musée. J’y découvre que les français sont à l’origine de l’édifice. Au moment où commençait la rébellion (entre 1940 et 1945) ils avaient cru bon d’y enfermer tous les opposants, devenus de fait des prisonniers politiques. Mauvaise idée. Par un retournement de l’histoire, il s’avère que ce regroupement de têtes pleines d’idées révolutionnaires facilita la création d’une structure coordonnée, qui bientôt s’appellerait le FLNR (et plus tard encore le Viet Cong) et qui bouterait les français hors de leur Indochine chérie. Pouvait-on éviter l’inévitable?

Jusqu’à ce jour, je n’avais jamais vraiment réfléchi au déshonneur que pouvait représenter la simple idée d’être régenté par une nation autre, de ne pas être maître de son destin en tant que communauté. Nous avons nous-même été occupés en France, mais tout cela est si loin. Tout ce que j’en ai lu dans mes manuels d’histoire,ne sont pour moi que des concepts distants et froids. Les images de cette époque passent dans ma tête en noir et blanc. Dans ce petit coin de campagne, au fin fond de l’Asie, l’odeur de la transpiration et de la peur reste accrochée aux façades, comme de vieux rideaux en lambeaux sur les fenêtres des maisons abandonnées.

Je vois un peuple fier rentrer et sortir des bâtiments officiels aux angles durs. Je prends peur à mon tour. Aurions un tel courage dans pareille situation? Serions-nous devenus trop tendres pour résister?

La suite vous la connaissez, elle est dans des mots maladroitement dispensés la semaine dernière. Enflammés et crus, parfois surchargés. J’ai vidé mon sac et ça m’a fait du bien pour un temps. Accabler l’Américain par opportunisme et en oublier notre passé français.

A Son La, je suis entré dans une inquisition de ma propre nation comme jamais auparavant. J’ai dépassé le simple sujet vietnamien. J’ai lu sur ce qu’on appelle la « Françafrique », un sujet que je croyais connaître. Au sortir de ces lectures dont une synthèse peut être trouvée sur l’excellent site afrique2010 je n’ai plus aucun doute sur le fait que la révolution que j’appelle de mes voeux doit venir de l’intérieur. L’esprit de rébellion qui m’assaille n’est pas une réponse viable.

Freud disait : « il n’y a pas de solution, je vous conseille le malaise dans la civilisation » et Lucchini d’ajouter : « on ne résoudra jamais le problème parce que l’âme humaine est impossible à réconcilier avec elle-même »

Celui que je raille est en fait moi-même… Stupeur !

Soit de vrais schizophrènes ou bien de non moins dévastateurs cyniques. Je comprends pourquoi en temps normal, nous fuyons cette réflexion, sur nous-mêmes. A Son La, la France s’est invitée dans mon séjour et avec elle, une réflexion sur ma nature personnelle. Qui suis-je? Suis-je honnête avec moi-même? J’ai envie de rire, enfin…

Mise à nu sur Cat Ba Island

Cat Ba Island, quelques kilomètres à l’ouest de la baie d’Halong : mon premier contact avec la mer depuis trois mois de voyage. Trois mois durant lesquels l’appel de la montagne fut intense : la vallée de l’Everest, le Ladakh, le Zanskar, l’Himalaya… Une terre de grandeur capable de vous faire mûrir un homme, même quand cet homme est particulièrement immature.

Je ne m’en étais pas forcément rendu compte à l’époque mais les quelques heures de solitude absolue ajoutées au plaisir de la contemplation de si grands espaces n’ont pas été sans faire éclore quelques idées nouvelles dans mon cerveau malade – malade de son ancienne vie mais aussi malade tout court. Des questions qui jusque là restaient muettes de toute réponse. Des questions qui surtout ne trouvaient même pas de formulation. En d’autres mots, des ensembles morts, des parties oubliées de moi-même polluantes comme des mauvaises herbes. J’ai tenté à plusieurs reprises d’y mettre un coup de Round-up psychique mais comme dans la vraie vie, on n’empêche pas le mal de pousser aussi facilement. Il faut un traitement de fond, remuer la terre et replanter pour obtenir de vrais résultats.

Arrivé à Cat Ba, une glaise prenait silencieusement forme. Petit à petit, la boue de mes idées ravivées et l’eau environnante rendaient possible un modelage. Je digérais ces mois passés en altitude et m’apprêtais à libérer mes effluves dans les eaux de la mer de Chine.

Combien de minutes par mois, passe-t-on dans une réelle et complète solitude dans nos vies quotidiennes? Combien de fois pouvons-nous nous offrir le privilège d’une telle retraite, sans le téléphone portable, la famille, les amis, sans la télévision, la radio et l’Internet, sans même l’être cher? Combien de fois peut-on s’offrir ce genre d’instant avec un décor inspirant sous les yeux? Dans 1984, Orwell décrit à quel point le régime de « Big Brother » tient à ce que les citoyens vivent coupés de la nature. Loin du vrai, du grand, du propice à la méditation. Loin de ce qui permet au cerveau humain de s’oxygéner, de questionner et de remettre en cause l’ordre établi.

Voilà, en somme, ce que le voyage apporte de meilleur. Si vous vous posiez la question du prime intérêt d’un tour du monde, je vous livre la réponse sans aucune hésitation : la confrontation avec soi et avec le divin. Au delà des beaux décors, au-delà des rencontres, au-delà du renouveau permanent… Aucun détour possible. Vous êtes face à un mur de prison : haut et épais, du concret !  La retraite psychologique – je ne parle pas de retraite spirituelle du fait de sa connotation particulière, surtout en Inde, mais il va de soi qu’il s’agit là de mécanismes concomitants – est l’unique instrument permettant de franchir le mur de cette prison, votre prison. Il est ici et ne bougera pas. Je dirais même mieux, ce mur a toujours été là. Mais dans la furie de nos vies collectives on ne le perçoit plus. Ces questions que vous posiez innocemment étant enfant et qui se sont évanouies avec l’adolescence, ont ressurgi sitôt que vous vous êtes éloigné(e) de la peur collective et avez entraperçu à nouveau ce mur. Et comme quand vous étiez petit(e), il paraît immense. Que dire à un enfant de cinq ans qui vous demande pourquoi l’autre petit qu’il voit à la télévision est si maigre, avec les yeux couverts de mouches? Pensez-vous que la réponse « parce que le Biafra ne figure pas parmi les zones de développement économique prioritaire » ait un quelconque sens pour lui? Non ça ce sont des réponses formatées par des cerveaux adultes afin d’occulter l’inacceptable en le mettant derrière un paravent d’alibis aussi incompréhensibles que techniques. Un moyen de tourner le dos au mur, de dire « je ne suis pas responsable, je ne sais pas, je ne vois pas » et de prétendre que rien de tout cela n’existe. Pourtant cela existe bien et que vous le vouliez ou non, votre responsabilité est clairement engagée. C’est taggé sur le mur et à présent vous ne pouvez plus vous dérober.

A présent il n’y a personne qui soit dans la cour avec vous, personne pour vous distraire, vous raconter des contes et des histoires, ni vous dire que ce genre de mur est infranchissable. Avec le voyage, le brouhaha prend fin, les peurs des autres co-détenus deviennent inaudibles, distantes. Les menaces que la communauté faisait peser sur ceux qui envisageaient de franchir cet immémorial obstacle se sont envolées. Il n’y a que vous et ce mur, votre réflexion et vos peurs d’affronter la réalité… Les vraies questions émergent et avec elles le besoin de se consacrer à y répondre.

Je veux voir ce qu’il y a derrière ce mur, je n’entends plus que cette petite voix qui résonne en moi. Je veux travailler avec elle sur mes peurs. Je veux aboutir à une forme de réponses concernant mes envies profondes, les priorités à donner à ma vie, mes engagements de toutes sortes, l’amour et la mort… Même le divin doit y passer, car après tout il n’est sans doute pas étranger à la création de ce mur. Puis-je me montrer aussi assuré qu’auparavant sur des questions aussi profondes? Certainement pas. Le voyage a déjà érodé pas mal de mes certitudes et ce n’est que le commencement. Je n’ai plus besoin d’alibis aujourd’hui.

Je réalise combien le regard des autres a pesé sur ma façon de procéder dans ma vie antérieure. Pourquoi je suis devenu telle ou telle personne au gré des âges, pourquoi j’ai choisi tel métier et pas tel autre, pourquoi telle vie sociale, tel look et telle approche des femmes… Tout cela était très fortement conditionné à l’approbation collective. Il s’agissait là de non choix ou plutôt de choix moindres. Je devais donner le change, montrer que je réussissais et cacher mes faiblesses et mes tourments, c’est comme ça que l’on procède d’habitude. Je ne faisais pas ce qui me plaisait, je fais ce que je pouvais imaginer avec ce mur devant les yeux. J’étais déjà plus libre dans mes opinions que la plupart – ceux qui me connaissent savent que j’ai défendu sur la place publique des positions qui étaient loin de faire l’unanimité – mais j’étais malgré cela plus que quiconque prisonnier de mon image extérieure.

Sans trouver la force d’assumer ce que j’étais, je capitulais de moi-même. Ce fut le cas dans mes amours, dans mes choix d’orientation, dans mes challenges professionnels ainsi que dans les débats dans lesquels je prenais part.

Et jusqu’à très récemment, ce voyage n’échappait pas à la règle. Choix faciles, besoin de tout décrire comme le font typiquement les voyageurs-bloggers. Besoin de m’attarder sur ce qu’il y a dehors sans parler du voyage en dedans. J’étais la copie conforme de ce qui se fait de plus classique, un numéro parmi tant d’autres, même si je m’évertuais à y mettre les formes.

Seulement voilà, le Vietnam, les trois mois qui se sont déjà écoulés, les nouvelles du monde, mes relations fluctuantes avec ceux qui étaient mes proches, mes lectures, tout cela commence à avoir un effet. Je pense que je suis maintenant en mesure passer à l’étape suivante, prêt à accepter qui je suis et je pense que ce support va m’aider à concrétiser ce changement. Si vous croyez que jusqu’à présent j’étais moi-même, vous êtes loin du compte.

Il y a un ex-névrosé qui sommeille en moi, quelqu’un qui se masturbe au moins une fois par jour depuis 15 ans pour évacuer dans un plaisir artificiel le mal-être de ne pas se sentir à sa place. Je veux évoluer et en profondeur s’il vous plait, pas juste en me trouvant une partenaire avec qui partager ma frustration !

Je suis un infatigable contestataire sensible et heurté par ce qu’il voit, entend, et apprend tous les jours. Passionné de politique? Pas vraiment, mais décidé à ne pas regarder sans bouger mon monde s’enfoncer dans le chaos : résolument. Je ne peux pas avancer aveugle à cette réalité. Tous les jours, j’entends les sirènes sonner en moi de toute part. Le moteur de recherche qui siège dans mon cerveau, configuré au gré de ma formation et de mes expériences s’agite. Qu’il s’agisse de finance, de médias, de nouvelles technologies, de sciences politiques ou de diplomatie, je suis en situation d’éveil et je ne veux plus le garder pour moi. Je veux trouver d’autres personnes pour qui ces sujets sont clés. Je compte prendre le problème à bras-le-corps et partager ce que je ressens, (ne plus garder tout cela pour moi) afin de trouver ailleurs que dans les médias traditionnels -là où il n’existe pas de place pour un débat honnête et constructif – une communauté de gens que cela interpelle également. Je laisserai aller le flot de mes idées dans cet espace même. Qu’il en soit ainsi, qu’on me traite de rouge, de conspirationniste, de sociopathe, de tout ce que vous voulez, je rentre officiellement en résistance.

Inspiré par l'esprit de résistance vietnamien

Posant le pied à Cat Ba : jungles, ensembles karstiques, sable fin, une métamorphose s’amorce et le décor paradisiaque qui me fait face, au réveil, au moment d’ouvrir les portes battantes du bungalow n’altère en rien ce mouvement. La suite du voyage se fera à moto,une carte à la main pour aller à la rencontre de la vraie Asie.

« Livin’ the dream baby, resisting to the pessimistic society where I come from and full of confidence in a future of discoveries, that’s what I am in Vietnam ! »

Oh-my-god : Halong Bay

Halong Bay, c’est en quelque sorte un décor de conte fantastique plongé dans une eau émeraude à 30°C et situé à trois heures à peine de la capitale Hanoï par la route.

Deux fois classé au patrimoine mondial de l’Unesco, doté de près de 3,000 îlots composant un relief karstique comme nulle part ailleurs, cet ensemble de pics rocheux turgescents à la végétation luxuriante – et baigné dans une brume matinale, si caractéristique de cette région – n’a pas son équivalent sur la planète. Il y a bien la baie de Phang Nga en Thaïlande et son fameux rocher de James Bond – et je serai en mesure de faire la comparaison une fois que j’aurai approché ce deuxième site – mais en attendant, je reste persuadé que ce que j’y ai vu est une exception de la nature, un lieu unique dont il convient de louer la beauté à  sa juste valeur.

Halong Bay in the early morning gloom

Mais Halong Bay c’est aussi l’énorme frustration des circuits touristiques organisés. Difficile, voire impossible d’échapper aux jonques bardées de leurs armées de major d’hommes, aux journées chronométrées par un guide touristique qui emmène tel un berger des Alpes, son troupeau paisser de site en site jusqu’à ce que le soleil tire sa révérence, fatigué de tout ce cirque.

Ici les pâturages sont des criques encaissées, des grottes gigantesques pénétrant au coeur de la montagne et révélant des formes géologiques insoupçonnées, ou encore des plages de sable fin, arrimées comme par magie à des pitons coiffés d’une jungle impénétrable. Les moutons, eux, sont des touristes dûment tatoués qui semblent savourer sans se poser de question tout ce qu’on leur présente en pâture : légumes coupés en forme de parasol au moment des repas, musique de karaoké diffusant tantôt des airs du film titanique, tantôt du Serge Gainsbourg, le tout joué sur qui semble être un synthétiseur Bontempi des années 80 : du vomis pour les oreilles, ou encore les sorties de groupe en canoë – myriade de gilets orange – où l’on ne manque pas d’entendre le bêlement caractéristique du touriste le plus savoureux de la planète : le fameux Oh-My-God.

C’est que la clientèle est composée à 80% d’américains. Ceux que l’on arrive facilement à éviter en temps normal, parce qu’ils restent confinés là où les climatiseurs crachent un air à 18°C et où CNN diffuse ses brèves telle une colique incontrôlable, font ici partie du voyage et agrémentent donc l’expérience du touriste européen qui, n’ayant d’autre choix, fera mine soit par politesse, soit parce qu’il a peur que son interlocuteur sorte tout à coup un laceau et un revolver de sa poche, que tout va bien même quand il est au bord de la crise de nerfs.

« Oh-My-Goooooooooodness ! Mais vas-tu te taire et nous laisser profiter en paix de ce merveilleux spectacle? Pourquoi n’emmènes-tu pas ta carcasse en surpoids devant le buffet des desserts pour t’adonner à ton hobby favori : engloutir des kilos de crème glacée? C’est quoi ton problème avec Dieu? Tu crois pas qu’il en a marre lui aussi de t’entendre beugler comme une vache à chaque fois que se présente décor différent de ce que l’on peut observer à Montgomery Alabama? Range donc ton appareil photo que tu agites comme s’il s’agissait d’une tapette à mouches et va t’assoir. Il n’y a pas de moustiques ici, tu es bien le seul nuisible. »

Le nouvel agent orange

Deux jours… Quarante-huit heures, à endurer ce spectacle affligeant, à boucher ses oreilles pour ne pas entendre les inepties de ceux qui par leur vote ont entériné la vaporisation d’agent orange dans cette même région quelques cinquante ans auparavant et aujourd’hui débarquent la bouche en coeur sans avoir une idée de ce que leurs parents, cousins, voisins, ont fait endurer à la population locale sans justification réelle, si ce n’est la défense des intérêts de leur industrie de l’armement. Quarante-huit heures à employer sur soi, tel un traitement miraculeux le conditionnement psychologique et la fameuse méthode Coué :

- »Tout va bien, je suis dans un lieu magnifique, il n’y a pas lieu de s’énerver, relax et profite… »

- »Oh my god, mum did you see that? It’s a cloud that looks like Mickey Mouse above our heads… The people are so skinny here ! » (Quel est le rapport petite greluche enfarinée, retourne à ton lecteur DVD portable !)

Du coup j’en suis arrivé à mener ma propre réflexion sur ce peuple du Nouveau Monde. Face à la répétition d’une telle frustration, impossible de ne pas finir par se demander comment on a pu en arriver là et comment, nous, parviendrons à échapper au virus qui semble les avoir touché : le virus de la connerie généralisée et sanctifiée. Le « merveilleux esprit d’ouverture à la pensée unique » de l’américain moyen.

Comment un pays qui me faisait rêver étant petit à pu se transformer en une telle terre de décadence? Comment l’Amérique que je chérissais, que je croyais sincèrement libératrice de tous les maux et où j’ai passé près d’une année de ma vie dans ma jeunesse, peut me dégoûter autant aujourd’hui? Excès d’illogismes, excès d’individualismes, excès d’égocentrismes, excès d’excès… Je reste avec encore tant de questions sans réponses…

Mais dans ce monde du XXIè siècle, au moment où tout ce qui nous arrive de mauvais semble prendre sa source de l’autre côté de l’Atlantique, il est grand temps de s’interroger de la manière la plus simple qui soit, de poser quelques questions enfantines et de voir ce que la psyché commune a à y répondre. Bref, il est temps de poser le problème sur la table et de s’offrir un temps de réflexion, ce que les moutons de Panurge ont oublié de faire avant de plonger dans le précipice.

-Comment un peuple dont l’un des présidents les plus adulés de son temps et assassiné aux yeux de tous d’une balle dans la tête a pu accepter sans broncher que le dossier soit classifier pour près de … 75 ans? Quelle raison logique peut-on trouve à cela? Ne veut-on pas connaître la vérité et poursuivre avec fondement les vrais auteurs de ce crime? La vérité, c’est que jusqu’à présent, nous n’en avons rien eu à faire, que nous avons laissé filer notre pouvoir d’action et de décision. Nous avons fait confiance… aveuglément !

-Comment un pays qui, depuis 1945, a bombardé plus d’une cinquantaine de nations (par le biais d’opérations plus ou moins officielles) et renversé une vingtaine de gouvernements à commencer par celui de Mossadegh en Iran (qui était loin d’être un fondamentaliste), pour le résultat que nous lui connaissons, peut-il encore se présenter comme un libérateur?

- Comment un peuple qui a protégé l’impunité de l’état le plus criminel de la planète depuis sa création (Israël) et récemment envahi l’Irak au mépris de tous les vétos et de toutes les législations mises en place depuis la seconde guerre – pour précisément éviter l’émergence de conflits arbitraires – peut-il encore se présenter comme le pourfendeur de la paix et de la liberté et y croire sincèrement? Nous sentons-nous vraiment en sécurité suite à cet incident majeur, maintenant que nous avons pu constater qu’aucun gouvernement ne bouge le petit doigt en pareille situation ? Hors mis un maigre « non » français, voilà bien l’enseignement qu’il faut en tirer.

-Comment un peuple, le plus puissant de la planète, peut-il se contenter d’un système éducatif au sortir duquel les élèves de high school (l’équivalent de notre terminale) ne savent placer ni l’Italie, ni l’Inde correctement sur une carte mais se voient en revanche dispensés des cours d’éducation financière (en remplacement probable de la philosophie et de l’histoire) et pourtant se prétendre l’élite de la planète?

-Comment un peuple peut-il élire un acteur du calibre de Terminator comme gouverneur d’un de ses états les plus éminents? Mince, quand-même… On parle de Arnold Fucking Schwarzenegger… « I’ll be back! » Sure there you are !

-Comment un peuple peut-il accepter que dans une élection présidentielle, les deux adversaires en lice (G.W. Bush vs. Kerry), non seulement sortent de la même université mais qui plus est, après avoir partagé l’intimité d’une société secrète où seul une vingtaine de membres sont admis chaque année, soient présentés comme des adversaires réels?

-Comment un peuple peut-il tolérer qu’au nom de la sécurité soient passées des lois annihilant toutes les libertés individuelles constituées par leurs pères fondateurs. Légalisation des écoutes téléphoniques sans justification au préalable, inspection des domiciles sans mandat de justice, infiltration des associations sous couvert d’anonymat, fichage systématique (digital et rétinien) de tous les citoyens et même confiscation immédiate et sans préavis des biens de toute personne jugée comme étant un risque pour la sécurité des Etats-Unis en Irak et au Liban (?), le concept est plutôt vague vous avouerez (Homeland Security Act de 2002).

-Comment un peuple qui a vu près de 9,000,000 de ses familles perdre leur toit entre 2008 et 2009 du fait de la crise financière peut continuer à regarder l’avenir sans exiger de ses autorités que quelques garanties tangibles soient apportées au citoyen, au delà des promesses faites depuis toujours d’améliorer la transparence de l’industrie financière?

-Comment un peuple qui a vu, ces trois dernières années, près de 9,000 milliards de dollars disparaître miraculeusement de ses caisses publiques (enfin… pas vraiment publiques tout compte fait), ce qui représente un endettement de $30,000 pour chaque femme, homme et enfant vivant dans ce pays peut-il avancer sans traiter rigoureusement la question?

-Comment un peuple, peut-il tolérer qu’un événement majeur tel que la chute des tours jumelles, aussi traumatisant et lourd de sens soit-il, reste entouré de tant de zones d’ombre et se satisfaire des travaux d’une commission obscure qui de son propre chef, avoue qu’au terme de son enquête, elle ne peut résoudre la plupart des points d’interrogation qui entourent le dossier? La tour n°7, troisième ensemble à tomber vers 17h en cette triste journée reste un phénomène encore inexpliqué. Dans le pays où l’on échafaude les plans de la conquête spatiale, ne sommes-nous pas capables d’élucider ce mystère bien terrien? Bien-sûr que si !

-Comment un peuple dit « dominant » peut-il regarder ses enfants devenir si odieusement obèses dans des proportions qui dépassent l’entendement (65% de la population en surpoids, 30% en situation d’obésité) et ne pas demander des comptes aux géants de l’agroalimentaire qui composent son paysage culinaire?

-Comment un peuple leader au XXIè peut-il accepter que soit enseigné dans ses écoles primaires la théorie de Darwin (très succinctement quand elle l’est), aussitôt opposée à la théorie créationniste (Dieu créa la terre en sept jours), perçue comme seule vérité valable (même scientifiquement) et bâtir un avenir sur de telles suppositions ?

-Comment un peuple aussi avancé « sur le papier » peut-il encore foncer à l’aveuglette sans réponse à toutes ces questions et rester sourds aux innombrables personnalités de talent qui tentent de la mettre en garde (John Perkins, Bill Hicks…)

-Comment un peuple peut-il se prétendre défenseur de la foi chrétienne, proche de Dieu quand chez eux, ni le pardon, ni la non-violence, et encore moins l’amour universel ne semblent être des concepts qui résonnent?

Comment…? Je finis par me dire que tout ceci ne peut être réel, que nous vivons dans un sorte de réalité virtuelle où le bon sens a été insidieusement oté de nos esprits, que nous allons nous réveiller et que tout ira bien au final. Je constate tout ceci par écrit ici, vous épargnant au passage mes réflexions sur le bien fondé même du système monétaire et financier que je me suis employé à étudier durant quatre années en école supérieure, et je n’oublie pas que notre inaction face à ses sujets est au moins aussi coupable que l’ignominie perpétrée par les acteurs pré-cités. La situation de Gaza et de toute la Palestine en général, constituant le point d’orgue de cette injustice délibérément mise en oeuvre. Je suis blessé, depuis tant d’années maintenant que cela fait partie de ma chair, de mon paradigme, de ma propre version de la réalité. Jamais je ne pourrai plus regarder le monde avec mes yeux d’enfants, ni ne pourrai croire dans un semblant de justice internationale. Je ne pourrai plus lire non plus ce qui sort dans la presse Mainstream sans douter de la véracité des propos qui y sont énoncés. Thank you America, all this comes from you !

Je ne veux pas devenir comme ces gens là, ils ont tué mon innocence et ma foi dans un monde meilleur. Je ne veux pas que mes enfants (si j’en ai un jour), grandissent dans cet aveuglement collectif. Quel pays pourra jouer le rôle de modèle pour les générations à venir maintenant que le vrai visage de cette Nouvelle Amérique sort chaque jour un peu de l’ombre dans laquelle il s’était tapis?

Peuple d’Europe, ceci est ce qui nous attend, nous sommes déjà sur la voie. C’est notre avenir tracé droit comme une route du Nevada que vous voyez là. Nous laisserons-nous à notre tour manger par les ogres du grand capital, ceux qui nous informent, financent nos hommes politiques, façonnent le marché, notre marché, et croirons-nous aussi aveuglément que feu nos cousins d’Amérique – aujourd’hui clairement une espèce en cours de mutation pour laquelle nous ne pouvons plus rien – croirons-nous encore longtemps que tous les individus à l’origine de ce désordre nous veulent du bien? Croirons-nous tout ceci aveuglément, ou rentrerons-nous en résistance? Pour l’amour de nos enfants, je prie pour la seconde option, même si je sens que nous n’avons jamais été aussi prêt de la capitulation. Capitulation, un mot que le peuple vietnamien n’a jamais accepté, lui !

Peuple de France, peuple de la révolution et du soulèvement contre l’autorité abusive, touriste d’Halong à la vision encore claire, réveille-toi ! Citoyen du monde, toi qui rêvait d’un monde meilleur étant petit, réveille-toi ! Homme, femme du XXIè siècle, toi sur qui repose la charge d’accepter sans broncher le monde de 1984 qui se dessine ou de lutter avant qu’il ne soit définitivement trop tard, réveille-toi !

Ne laisse pas cette petite voix à l’intérieur de toi s’éteindre, ne laisse pas le plus grand nombre, ces aveugles, te dicter ce qui devrait être ta propre conception de la normalité.

Résistance

Je sais, nous avons tous un prêt à rembourser et une bonne raison de collaborer avec ce que nous savons tous être au fond : un système injuste, arbitraire et sans avenir radieux.

Bon sang, mais qu’y-a-t’il au dessus de notre conscience que nous acceptons chaque jour de mettre au silence en allumant notre poste de télévision?

Je laisserai ces quelques lignes sur la toile, en espérant qu’à sa petite échelle, telle une graine plantée dans une terre saine, en germera dans les temps futurs une pousse, un germe d’espoir. Le début d’une lutte intérieure, ne serait-ce que chez un seul autre terrien…


Le mot de la fin est pour John Perkins

Au final, « it’s just a game », notre passage sur terre, notre brève apparition, nos rêves… All this is just a game ! Facile quand on est en tour du monde de mettre un mot sur tout ceci, facile de comprendre que le système que l’on a quitté, on ne veut pas y revenir.

Halong, Halong, je voudrais y croire, hélas…

NB : cet article n’attend aucun commentaire. Je connais la frilosité du citoyen au moment d’aborder ces questions. Si vous avez lu ce post, c’est que la partie n’est pas encore perdue !

La ville au-delà du fleuve

Ha Noï, « la ville au delà du fleuve »  fête cette année son millième anniversaire.

Je ne vais pas vous faire un cours d’histoire, ni un topo écrit sur l’urbanisme de cette ville dont le nom résonne dans ma tête depuis mon enfance. Je dirais simplement que venant d’Inde, le contraste est saisissant : voitures neuves de grandes marques, feux de circulation sur les carrefours, avenues larges et trottoirs immaculés. Pas un papier qui traîne à Hanoï, si ce n’est dans la vieille ville où les bouibouis sont légions. Je ne m’attendais certainement pas à tant de modernité en sortant de la carlingue de l’Airbus A330, sur le tarmac du Noi Bai International Airport. Un niveau de développement saisissant pour le français que je suis, encore imprégné par ses cours d’histoire du Lycée. Il est loin le temps où Ho Chi Minh, fraîchement formé par le parti communiste français mettait à genou notre contingent à Dien Bien Phu.

De la présence française il ne reste pas grand chose dans la ville. Quelques noms aux sonorités familières ici ou là, quelques infrastructures, une ambassade imposante et un hôpital international au sud de la ville.

la france a Hanoi

Le Hanoïen lui est souvent jeune, assez branché et visiblement très confiant dans l’avenir de son pays. Peu de pauvreté, quasiment aucun mendiant dans les rues…

Difficile, il est très difficile de rentrer dans des conversations approfondies avec les habitants tant leur niveau d’anglais est faible. Mais après quelques jours, on apprend à prononcer les mots essentiels qui permettent de profiter pleinement de tous les agréments de la vie Vietnamienne.

Le repérage des rues est rendu compliqué par la similitude des noms. A tous les coins, sur de grands panneaux bleus s’affichent des « Hang », des « Ba » et des « Tien ». De manière contradictoire, la lecture de ces noms d’apparence similaires est rendue plus simple (que dans la Chine voisine) grâce à l’adoption par les Viets de l’alphabet latin. Pas de sinogrammes au Vietnam, juste des noms imprononçables et impossibles à mémoriser.

Côté température, le thermomètre affiche des températures raisonnables : moins de 40° la plupart du temps, mais l’humidité ambiante rend veine toute tentative de garder des vêtements secs, même lorsque l’on ne fait rien d’autre que de rester assis à siroter un Thé glacé (« Tcha Chan ») en terrasse. La clim elle tourne à fond dans tous les établissements touristiques et favorise l’émergence de petites grippes ou maux divers.

Sweet life in Hanoi

Alors que ses trois millions d’habitants attendent toujours la mousson, Hanoï se donne des airs paisibles et dissémine, pour le plaisir du visiteur, l’eau claire de ses lacs présents en profusion dans la ville. La vie est douce dans cette cité à taille humaine.

Sweet life in Hanoi2

A Hanoï je circule librement, à Hanoï je suis, à Hanoï je vis et c’est bon (même si j’ai toujours l’Inde dans un coin de ma tête). Dans quelques jours, dès que Marie quittera sa perfusion (elle aurait attrapé la grippe A), nous partirons pour le Nord, la Vallée de Sapa et ses rizières. Excitation ! En attendant, qu’on m’apporte un Bo-Bun ! ;)

En théorie…

En théorie, je suis un voyageur comblé à l’heure qu’il est, maître de mon temps et de ma destinée.

En théorie, je suis libre comme l’air, indépendant des files d’attente, des itinéraires préétablis et des dialogues de sourds avec les guichetiers (ceux qui sont venus au Vietnam Nord savent de quoi je parle).

En théorie, je pourrai d’ici peu passer les frontières du Sud-est asiatique tel un zorro masqué sur son destrier, cheveux aux vents et n’ayant que faire des boulevards pour touristes. Je serai imprévisible !

En théorie, je fais aujourd’hui partie du club très fermé des heureux possesseurs de Minsk, petit bijou de technologie (enfin, il fut un temps) de Mother Russia. Merci de la saluer comme il se doit. Elle est belle non?

My Minsk for a few months

125cm cubes, quatre vitesses et une santé à toute épreuve !

Impossible de lui donner un âge. Impossible de dire combien d’hommes lui sont passés dessus. Elle a jeté les compteurs par dessus ses rétros depuis longtemps.

Si je précise en théorie au début de chaque phrase, c’est qu’en échange de cette merveille, j’ai simplement donné une poignée de billets à un employé de l’ambassade de Grande-Bretagne sur le départ. Aucun document officiel de cession, aucune trace écrite, c’est à peine si le garçon à mon email – (c’est qu’il a fallu que je le contacte, autrement…). Drôle de concept pour nous Français, champions du monde de la paperasse à la tonne. Une transaction mano a mano !

Je crois que chez nous, hors mis les bombecs à la boulangerie, et encore… A mon avis, il faut insister pour ne pas avoir un ticket de caisse avec ses trois fraises Tagada. A l’avenir, on fera faire une reconnaissance rétinienne aux petits qui veulent acheter une sucette, juste pour vérifier qu’ils ne sont pas des obèses en devenir. Bah c’est vrai, le pauvre contribuable qui paye la Sécu, vous y pensez? Un peu d’ouverture d’esprit, enfin !

Ici au Vietnam, il existe encore une certaine latitude de mouvement, un certain libre-arbitre. Porter un casque par exemple. Voilà un geste qui n’a jamais engagé que celui qui le portait. En aucune manière un casque n’a sauvé la vie d’un piéton ou d’un chien qui se faisait heurter par un scooter. Non, dans le cas présent, il s’agit de maximiser ses chances de survie en faisant les beaux jours de Petrolan et rien d’autre. A moins que… nos chères compagnies d’assurance n’y aient quelque chose à redire… Bref, c’est censé être un choix personnel, et pourtant, de la où je viens, on n’a plus le droit de faire ce choix depuis bien longtemps. On doit s’affranchir d’un équipement aux normes, souvent très coûteux. On doit marcher au pas où se faire verbaliser dans la minute.

Ici, dans ce que l’on appelait il y a peu le tiers-monde, on a encore le droit de préférer le geste au résultat. Et on a encore les moyens de dire merde à Petrolan. Moi j’aime ça !

J’imagine le choc que doit être ce paragraphe pour les quelques prisonniers de la pensée unique qui seraient tombé(e)s dessus par erreur. Je m’en excuse par avance tout en précisant que si mon discours vous énerve, sachez que j’en suis ravi : « Mais c’est scandaleux, faire l’apologie de la conduite à moto, déjà dangereuse en soi, surtout dans un pays sous-développé comme le Vietnam où y’a que des chinois et sans le port du casque de surcroît… Il faut blacklister ce dangereux personnage. Coupez-moi ce blog, de grâce ! Appelez-moi Nicolas ! »

Je comprends que cela puisse en mettre certains mal à l’aise, mais il faut se faire une raison… J’ai opté pour une vie faite de sauts d’avions, plus de 4,000 mètres au dessus du sol avec pour seule (double) sécurité, un torchon accroché au bout d’un sac à dos.  J’ai choisi de quitter un job confortable (celui dont vous rêvez pour votre gosse qui se trouve actuellement en école de brainwashing – pardon, on dit Business School – là où on apprend que ce qui compte avant toute chose, c’est le profit généré), bref, un boulot outrageusement bien payé étant donnée l’inutilité sociétale du job. Et à Paris qui plus est… Tout ceci, que je délaisse pour quoi? Pour lui préférer les recoins à Malaria où le Sida est aussi courant que les jours de grisaille en Normandie… Que voulez-vous, c’est la jeunesse intrépide. C’est à n’y rien comprendre, mais si ça vous perturbe, je vous en prie, ne cherchez pas. Dîtes-vous simplement que je fais partie de ces gens qui savent à quel point il est bon de se baigner nu, comme un vers et qui ne renoncerait à ce plaisir pour rien au monde, au mépris même de la moral.

Bref, ici au Vietnam, bien que le port du casque soit devenu légalement obligatoire, ils sont encore nombreux à résister. On les voit partout, même dans Hanoï. Et visiblement, les flics de ce pays ont mieux à faire que de les pister à tous les coins de rue. Du coup, on se demande bien ce qu’ils font de leurs journées…

Pour ce qui est de la carte affichée en tête de ce message, vous vous demandez peut-être à qui elle appartient… En théorie, c’est à moi qu’elle appartient désormais. Pour ce qui est ce Nguyen Van Minh, je n’ai aucun indice me permettant de remonter jusqu’à lui… Et lui n’a aucune chance de me retrouver non plus ! :)

Au Vietnam les étrangers n’ont  le droit d’acquérir ni propriétés, ni biens appartenant à un Viet. Du coup, ces bêtes de route infatigables que sont les Minsk se passent de mains en mains, toujours de cette manière, toujours accompagnées d’une carte grise ornée d’un prête-nom. Et ça dure depuis des années… On passe même les frontière avec, à ce qu’il parait. Là encore, ce n’est pas avec Nicolas que ça se passerait comme ça. D’une incompétence ces asiatiques…

Inutile de vous dire que dans ces conditions, il n’existe aucune garantie de bon fonctionnement de la machine passé le premier virage, ni aucune assurance valable en cas d’accrochage (Ouf, Axa est soulagée). Il faut apprendre à avancer en ne comptant que sur soi, comme dans le bon vieux temps, quand on ne nous tendait pas à tout bout de champ la tétine sécuritaire.

Côté mécanique, la bête est réputée increvable et les premiers tours de roue confirment son état de forme : vive et alerte. Je reste lucide néanmoins. J’aurai forcément deux ou trois mauvaises surprises en chemin. J’ai déjà hâte de lire le nom des pièces détachées en russe !

Si les cieux me sont favorables, je passerai la frontière nord-vietnamienne avec le Laos dans une dizaine de jours, avant de redescendre le Mékong, puis d’entrer à nouveau au Vietnam pour faire la route de la côte jusqu’à l’ancienne Saïgon. De ce point septentrional, je remonterai au nord et franchirai la frontière Cambodgienne cette fois-ci en direction de Siem Reap (Angkor pour les amateurs). Enfin, je tenterai une incursion en territoire Thaï avant de céder mon petit bijou au plus galant (ça c’est pour faire chier mon ancien prof de finance avec ces théories mensongères sur le marché pur et parfait qui va toujours au plus offrant. Lui non plus n’était pas né pour voir la crise financière de 1908 : cette tête d’âne !)

C’est là toute la beauté de la rencontre avec une telle compagne. Cavalier mais jamais possesseur. Cette Minsk que j’ai faite mienne aujourd’hui sera celle d’un autre demain. Il en a toujours été ainsi et je n’aurai d’autre choix que de respecter la tradition.

Pour ce que j’imagine être le prix d’une call-girl débutante à Paris ($350 – mais là encore, pour plus de précisions, adressez vos demandes d’information à Nicolas), je me suis offert le plus beau châssis d’Orient. Un pari de 5,000km au bas-mot.

Croisez les doigts pour moi et rassurez-vous, j’ai une bonne étoile… en théorie !

Coup de vieux pour la France !

Constat du jour : le Vietnam est encore plus jeune (en apparence) que l’Inde.Pour le moment impossible de dire s’il s’agit d’un cas exceptionnel qui n’a lieu qu’à Hanoï ou si l’intégralité du pays reflète cet état de société, mais à première vue, c’est assez impressionnant pour le petit occidental que je suis. C’est bien simple, dès qu’on tourne la tête, on les voit partout. Mon père avait raison, il existe bel et bien le péril jeune !

En mode skaters sur les places publiques :

Roller and skate in Hanoi

En mode « colle-toi donc près de moi mon Roméo, que j’te fasse voir la vue » (c’est qu’ils sont romantiques) :

rooftop lovers Hanoi

En petites tenues estivales sur leurs scooters :

Scooters in Hanoi

En mode « Dieu vous appelle sur la trois, veuillez décrocher » :

Youngsters in temple Hanoi

En mode « sortie du samedi soir » :

Saturday night time in Hanoï

C’est bien simple, on les trouve même parfois en train de tenir la boutique. C’est qu’entre un enfant de 8 ans et un adulte qui ne comprend pas un mot d’anglais, pas même « W.A.T.E.R, MINERAL WATERRRRR », ça ne fait pas grande différence pour un touriste.

Working boy hanoi

En somme, le véritable trésor de l’Asie pour les années à venir, pas de doute, il est juste là sous nos yeux. Et il faut bien l’avouer, ça a ses petits côtés sympas une société jeune.

Baby boy and the dragon

From Hanoï Vietnam.

Nouveau pays, nouvelles moeurs

Il est temps de donner un coup de frais à ce carnet de voyage. Il est surtout temps de l’adapter au rythme du nouveau pays qui m’accueille. Plus vif, plus jeune, plus rapide, l’Asie c’est l’instant flash ! Mon nouveau quotidien, c’est aussi une connexion de qualité accessible à tous les coins de rue, alors voilà !

Je l’annonce, moins de textes longs et consciencieusement rédigés, plus d’images et plus de réflexions spontanées. Après tout, cet espace n’est qu’expérimentation et en deux ans de vie, il est bien normal qu’il mue !

Pour l’Inde, je ne veux pas bâcler les derniers chapitres qu’il me reste à écrire. Le Kashmir et le Ladakh ne méritent pas ça. J’y reviendrai donc, et tant pis si les articles apparaissent dans le désordre… Après tout la vie en voyage c’est aussi ça : un grand puzzle d’informations, de souvenirs, de visages et de goûts qu’il faut remettre en ordre.

On reprend donc ! On remet les pendules à zéro. Nous sommes le 28 juin 2010, il est 3h24. Bienvenue à Hanoï.

Welcome in Hanoï