Road-trip en Asie

Le monde sous un regard (dé)bridé

Vang Vieng ou l’enfer des Farangs

Quelles sont les motivations à extraire si religieusement du contenu d’un voyage? D’où vient ce besoin de communiquer? Ma conclusion, c’est que le but d’un carnet de voyage, c’est précisément de donner envie. Que ce soit a posteriori ou en direct, quand on se livre aux autres, avec une touche personnelle, on ne cherche pas à prouver quoique ce soit au monde, ni même à être jalousé (par pitié…). Non, le but c’est de collecter des souvenirs, tout en incitant chacun à écrire sa propre histoire (de découverte du monde).

Dis plus simplement : l’idée, c’est d’aider à ce que l’histoire s’écrive, d’aider à ce que se produise le déclic, car au commencement, déclic il y a !

Tant de personnes avouent rêver d’entreprendre un grand voyage sans jamais le tenter… Se peut-il que ce soit ces mêmes personnes qui font les beaux jours de la télévision? Fantasmant une autre vie, dans autre monde?

Question d’obligations pour certains, questions de timing pour d’autres, il y a toujours une bonne raison… Et ce n’est jamais une question de courage ! Sans voir dans les extrêmes, je constate via les rencontres que je fais en cours de route, qu’il n’y a pas de date de péremption pour une telle aventure. Il n’y a pas de mauvais moment, ni de mauvais contexte non plus. Il n’y a que l’envie profonde de dépasser le risque apparent qui se pose devant soi comme un mur et puis un jour le déclic ! Il se produit, je l’imagine, de mille façons. Il est souvent le fruit d’une conjonction de facteurs (pure spéculation).

Aider ce déclic à se produire, c’est une mission qui incombre à quiconque parvient à franchir le cap de la de la première porte d’embarquement, sans retour prévu avant de longs mois. Parce que les Vietnamiens, les Laosiens ou les Indiens tout à coup ne sont plus des mots, ni des bribes d’actus. Ils deviennent des expériences, des souvenirs, des êtres humains que l’on a approché. Ils font alors partie de nous. Ils sont comme les autres, ils sont comme « je », ils sont comme « tu ».

Il est certain que le monde se porterait mieux si chacun avait la chance d’en toucher du doigt la splendeur et la diversité.

Je suis à présent convaincu que c’est dans la migration que le sacré prend sa source, lorsqu’un sujet s’éloigne des dogmes qui l’ont vu naître. Qu’ils soient ascètes, pèlerins, libérateurs ou bergers, tous ont migré, tous ont voyagé.

Les saveurs, les souvenirs, les fou-rires et les peines… Comme dans une caisse de résonance, les couloirs du voyage restituent en échos tous les sentiments humains, jusqu’à l’étourdissement. Extraite du système, la petite voix intérieure retrouve de ses couleurs et les perceptions changent. Sommes-nous meilleurs? Ce n’est pas sûr. Mais nous sommes différents, ça oui, car nous avons pris le large avec nos convictions. Nous nous sommes affranchis des conventions. Plate et assurée, notre vision du monde s’est craquelée au fil des kilomètres et a pris du relief !

Pour le gain financier, mieux vaut chercher une autre voix, bien que ce ne soit pas incompatible. Il en résulte simplement que la recherche de profit est rarement un objectif avoué chez les grands voyageurs.

Le truc, c’est qu’il faut se donner la peine de sortir du système pour se donner une chance de voir le monde dans toute sa diversité. Lieu commun, certes : il ne suffit pas de s’envoler à des milliers de kilomètres, de quitter père, mère et enfants pour saisir ce qu’il vous offre de bonne grace, ce monde.

Il existe des formes de tourisme qui ne permettent pas de cueillir cette fleur nouvelle, d’approcher cette autre dimension. Il existe des lieux où tout est fait pour que vous vous sentiez comme à la maison, de retour parmi vos certitudes d’occidental…

Sans doute à cause de mon regard critique surdéveloppé, sans doute à cause des empreintes qu’ont laissé sur moi ces premiers mois de voyage loin de tout, je ne sais pas profiter de ces endroits. J’y suis assez mal à l’aise.

Au Laos, la Banana Pancake Road – cet index de lieux de débauche pour touristes juvéniles en mal de sensations fortes – ne passe qu’en un lieu, qui porte le nom de Vang Vieng. Petite bourgade construite le long du Mékong, sur la route de Ventiane, en venant de Luang Prabang, Vang Vieng Nouvelle s’est révélée il y a trois ans à peine. Tel un champignon maléfique sorti de l’enfer, elle pérennise depuis et se répand comme la gangrène. Ironie du sort, c’est parceque Vang Vieng baigne dans une vallée enchanteresse et luxuriante qu’elle est devenue le monstre d’aujourd’hui. Sa réputation l’a dépassée. Les contours dramatiques des ensemble karstiques qui renferment l’écrin dans lequel elle baigne, c’est à peine si on les remarque.

A cause de tout cela, je crains dans cet article de ne pas être mesure de relever le défi de vous faire envie. De Vang Vieng, malheureusement je retiens surtout mon sentiment d’effroi face à cette population de frères ennemis à qui les Laosiens ont donné un nom : les Fa-Rang ! (traduction du Thaï qui signifie Occidental ou Westerner).

Le Fa-Rang a généralement entre 20 et 25 ans. De préférence anglo-saxon, de sexe masculin, le Fa-Rang parle fort et apprécie la bière dès 10h du matin (quand il ne commande pas un American Breakfast et un fruit shake ; quand la cuite la veille a été trop violente). Il boit ses cocktails dans des petits seaux en plastique opaques, de préférence dans sa combinaison préférée : tongs, short, débardeur (à Vang Vieng, floqué de la célèbre marque Beerlao). Le Fa-Rang a l’instinct grégaire surdéveloppé, et il aime tout particulièrement s’entourer de ses compatriotes. Il a la nostalgie de son pays même quand il ne l’a quitté que depuis quelques jours. Il n’est pas rare, par exemple, de croiser un couple de Fa-Rang en pleine tournée asiatique (combo Thailande, Laos, Cambodge en 12j) dans un bar, regardant un épisode de Friends qui passe en boucle, en dégustant un Hamburger « local » d’une main et en envoyant un SMS de l’autre.

Fa-Rang watching Friends in Vang Vieng

Le Fa-Rang adore les activités en « ing » : kayaking, rafting, canoeing, caving, cycling, drinking, vomiting and wanking. A Vang Vieng, l’activité star, c’est le tubing : une descente de la rivière dans une chambre à air, ponctuée par une multitude de bars ou le Fa-Rang peut muscler sa vessie.

Tubing anf the exxagerating development of Vang Vieng

Quand il atteint le seuil de maturité alcoolique, il n’est pas rare d’observer le Fa-Rang tenter des approches audacieuses sur le sexe opposé. Le Fa-Rang a une classe qui lui est propre et ses grades, c’est au nombre cul-secs qu’il les obtient.

Enfin, le Fa-Rang de Vang Vieng a souvent des yeux de lapin russe. Faute à une conjonctivite locale, très à la mode en cette saison 2010. C’est la quantité de pue qu’il a au coin de l’oeil qui atteste de son passage dans la « Sainte Moribonde ».

Rien n’est trop absurde pour la manne financière que représente cet antéchrist du mouvement hippy.  Pas même le nombre de dealers au kilomètre carré. Pas même cette concentration d’ATMs hors norme pour le pays, alors que dans la capitale voisine : Ventiane, on peine parfois à en trouver un en état de fonctionner.

J’y suis passé et je ne m’y suis pas attardé. J’y ai tout de même fait de bonnes rencontres, qui pour certaines, m’ont suivi jusqu’à Ventiane. Tout n’est pas mauvais dans la ville sponsorisée par Pepsi Co., c’est juste que passé un certain âge, on trouve mieux à faire ailleurs. Dommage, car les environs eux valent vraiment le coup.

Je ne vous ferai donc pas rêver au moment de lire ces quelques paragraphes, mais j’aurai pour moi ma conscience. Il n’y a pas besoin de forcer le trait pour sublimer le voyage. Mentir est tout aussi inutile…

2 Responses to “Vang Vieng ou l’enfer des Farangs”

  1. mamijo dit :

    Bien vu tout çà ! Quelle chance tu as d’avoir pu surpasser tes questions pour prendre le large et voir une partie du monde sous un jour nouveau …..et les humains, la majorité bon à côtoyer ou plus. Merci pour tes réflexions, tes analyses, tes ressentis et tes photos. Mjo

  2. annabel dit :

    tu m’étonnes! la misère, et ceux-là, tu les retrouveras régulièrement tout au long de ton périple!et en plus, ils rentreront en ayant un sentiment d’être des sacrés voyageurs, et se permettront donc d’avoir un avis sur la Question…je ne les supporte pas, ces cons-là…on en connaît tous…mais peut-être ont-ils un mérite: celui de te rappeler comme l’humain peut être profond, l’autre,I mean…love

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