Kilomètre 25 : tu marcheras hors du temps

Devant le tabac je m’arrête, devant le tabac tout s’arrête… On a jeté les fourneaux et grimé la foule à la cire. Les trains sont à quai, visages immobiles, condamnés à rester ici, dans un temporaire au parfum de perpétuité.

Ces gens me regardent, mais personne ne me parle. Dans le village de Bellevue, je suis pris de myopie. Est-ce moi qui ai remonté le temps ou bien est-ce le temps qui m’a rattrapé? Je contemple un lieu à l’énergie suspendue où même les mouches lévitent le long du bras vengeur d’un soldat inconnu… Qui es-tu homme de bronze? Faut-il que tout s’en aille ainsi, même la gloire des héros, même le brillant de leur cuirasse?

L’amas de pierres qui m’entoure témoigne d’une activité calorique consumée. Où sont-ils tous passés? Les bâtisseurs des environs ont pris congé. Il y a de l’herbe au balcon et dans l’air baigne le souvenir d’un autre temps, artisanal et méthodique. Ce passé, le voilà désormais rivé à un présent en aplasie.

Curieuse France vidée de son sang, loin de l’ag-gravitation ambiante. Ici tout n’est qu’abîme. Et l’homme du phare, l’éveillé de son temps, celui que l’on a attendu à en perdre tout espoir, n’est, à ce jour, jamais reparu…



Laisser un commentaire